dimanche 7 juillet 2013

La mariage pour tous - acte 2.

« Il vous faut prendre conscience de ce que vous avez envie d'entendre et qui n'est pas toujours ce que l'autre a envie de vous dire. »
(Catherine Bensaid)

« L'avantage de ne connaître rien à rien c'est qu'on peut parler de tout avec une égale inconscience. »

(Philippe Bouvard.)
Il faut croire que l'actualité est à ce point pauvre que les sujets de conversation dans les salons mondains, aristocratiques et poussiéreux tournent autour du même sujet depuis quelques mois. Le mariage pour tous fait parler les bavards, provoque des exégèses à n'en plus finir et donne lieu à toute une série de commentaires tous plus grotesques les uns que les autres. Monsieur tout le monde (pour ne pas utiliser l'expression un tantinet péjorative de « français moyen ») aurait pu croire que, une fois la loi votée, les esprits s'apaiseraient et les polémiques stériles s'effondreraient comme un soufflet façonné par une piètre ménagère. Il n'en est rien. La seule intelligence qui ait pu être détectée dans ce déferlement de sornettes provient de Frigide Barjot le jour où elle a décidé de se taire. Sinon, ailleurs, on continue de débloquer.
La France, prétend-on à qui veut bien l'entendre, est une république démocratique : le fait qu'il y ait des élections à intervalles réguliers suffit à le justifier. Même si des articles de presse assez nombreux démontrent qu'en fait, la France « est la dernière monarchie d'Europe », Monsieur tout le monde, toujours lui, est persuadé depuis qu'il est tout petit, dès l'école primaire, que la République est le meilleur des systèmes politiques et que la démocratie à la française est représentative. La classe politique, qui aurait trop à perdre si la population venait à ne plus croire ce gros mensonge, utilise toutes les ruses possibles et imaginables pour entretenir ce mythe. Il existe pourtant des principes plus démocratiques, dans lesquels le peuple ne se contente pas de délivrer des mandats électoraux (sorte de blanc seing pour se faire plumer), et véritablement républicains, mais ces messieurs, ci-devant élus et représentants de la Nation n'en veulent pas. Pas assez lucratifs ?
Plusieurs personnes pourraient présenter un nouveau projet de république, non pas une sixième ou une nouvelle mouture hypocrite de la cinquième, mais l'instauration de la République, laïque, sociale et véritablement démocratique où tout citoyen, quelles que soient ses idées, opinions, religion ou origines, pourrait s'exprimer et s'impliquer dans l'élaboration de la loi. Les personnes auxquelles je pense ont l'avantage d'avoir hérité de plusieurs siècles d'histoire de France, ce qui, paradoxalement, est également leur inconvénient. Sans doute, recourir à un Bonaparte, actuellement Prince Napoléon, à un Bourbon descendant de Louis XIV, même s'il est franco-espagnol, ou à Henri d'Orléans, héritier de Henri IV, Charles X et Louis-Philippe, pour incarner cette nouvelle république paraîtra étrange, anachronique voire « contre-nature » pourtant les français auraient bien besoin que quelqu'un se penche enfin sur leur sort.
Un Bonaparte ou un Prince Napoléon ?
« Jean-Christophe Napoléon, « prince Napoléon», né le 11 juillet 1986 à Saint-Raphaël (France), est un membre de la maison impériale de France. Il est l’actuel prétendant au trône impérial français. Il a étudié au collège et lycée Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine, puis à l’Institut privé de préparation aux études supérieures (IPESUP) de Paris. Diplômé de HEC Paris, Jean-Christophe Napoléon travaille aujourd’hui à New York, depuis 2011, comme conseiller à la banque d’affaires Morgan Stanley. Malgré cette distance provisoire, entre lui et son pays natal, il « pense avoir un devoir d’engagement et de dévouement au service de la France. » Il souhaite « être un prince proche des préoccupations générales des Français, défendre une cause d’intérêt général, présenter des idées et les défendre, et contribuer à la promotion de notre patrimoine dans le monde ».
(Source : Wikipédia)
Déclaration de Louis de Bourbon, duc d'Anjou et de Cadix (alias Louis XX) :
« La question institutionnelle n'a jamais été plus actuelle. Elle constitue un enjeu politique de première importance et tous les Français doivent souhaiter qu'elle soit publiquement débattue, pour ne pas laisser à d'illégitimes oligarchies le soin de trancher pour nous la question de notre avenir national.
Il n'appartient évidemment pas à l'aîné des Capétiens de résoudre seul cette difficile question institutionnelle. Mais il ne m'est pas interdit de regarder avec sympathie et intérêt le développement de ces discussions au sein de la société française. Et il est de mon devoir de rappeler à tous les Français de bonne volonté, après tous mes prédécesseurs, ce que mon regretté père appelait les « vieilles recettes » de la royauté capétienne.
Pas plus que vous, je ne sais ce qui viendra « après la Ve République ». Ce que je sais, en revanche, c'est qu'aucun régime ne pourra durablement s'implanter en France s'il cherche à dresser une France contre l'autre ; à occulter le glorieux passé de notre patrie ; ou à conférer, plus ou moins discrètement, le pouvoir à une petite caste de privilégiés.
En réfléchissant à notre avenir commun, il est sage d'écouter les leçons de notre passé. »
Lorsque le descendant du Roi Louis-Philippe, Henri d'Orléans, prétendant au trône, ne cherche pas des noises à son royal cousin espagnol, il diffuse des textes sur son blog dont le nom est évocateur : Maison Royale de France. Le Monsieur tout le monde dont il a été question précédemment, serait en droit d'attendre d'un personnage, qui porte sur ses épaules plus d'un millénaire d'histoire, des propositions sérieuses et réfléchies pour l'avenir de notre pays, des projets de rénovation de la démocratie ou, pourquoi pas, la volonté de sauver la République du marasme qui l'engloutit petit à petit. Eh bien non ! Ce monsieur, qui se dit Duc de France se contente de gloser sur un sujet qui, même s'il ne manque pas d'intérêt, est à des années-lumière des préoccupations de Monsieur tout le monde, à savoir : le chômage, le coût de la vie, la crise économique et l'argent qui lui sera versé lorsqu'il aura fini par atteindre, de plus en plus tard, l'âge de la retraite. Il est question d'honneur, d'honneur perdu et d'un autre à retrouver. Si cela peut faire de bons sujets pour les épreuves du Bac Philo, pourquoi mélanger les notions, certes fort honorables, d'honneur et de conscience à des extraits tirés de La déclaration des droits de l'homme, dont on confond manifestement les versions (celles de 1789 et de 1793) pour sortir les mêmes âneries sur le sujet dont tout le monde s'est désormais lassé : le mariage pour tous.
« La plupart des hommes ne tiennent à l'honneur que pour en couvrir leur malhonnêteté. »
(Louis Dumur, Petits aphorismes sur l'honneur – 1892.)
« L'honneur est la morale de l'égocentrisme. »
(Edgar Morin ; Éthique – 2004.)
« L'honneur défend des actes que la loi tolère. »
(Sénèque)
Je cite trois extraits du dernier billet mis en ligne. (Petite remarque : tout nouvel édito d'Henri d'Orléans chasse l'ancien qui disparaît du site. C'est pourquoi il faut se dépêcher d'aller le lire.)
« L'HONNEUR PERDU des "forces de l'ordre" à qui l'on commande d'arrêter des citoyens qui manifestent pacifiquement leur désapprobation du démantèlement de la famille, alors que l'on laisse plus volontiers courir les violeurs récidivistes, les casseurs et les meurtriers. Ainsi Nicolas ou un Curé sont mis derrière les barreaux pour leurs opinions que leur dicte leur conscience, comme le furent pour ces mêmes motifs tant d'hommes et de femmes sous les régimes dictatoriaux et totalitaires. On efface ainsi avec une serpillière l'Article XIV de la Déclaration des Droits de l'Homme : "Nul ne doit être jugé et puni qu'après avoir été entendu ou légalement appelé..."
L'HONNEUR des familles et des veilleurs se manifeste pacifiquement, partout en France, en dépit des gaz, des matraques, des barreaux de prison. Ils ne lâchent rien poursuivant silencieusement, pacifiquement, joyeusement le combat pour l'honneur, le leur et celui de la France éternelle, contre la mort annoncée de notre civilisation et de notre conscience.
L'HONNEUR de nombre de Maires de France, qui ne veulent pas de cette mascarade de mariage pour tous, alors qu'ils ne sont nullement opposés à une union civile, ni ne sont homophobes. Mais ils ont une conscience et le sens de leurs responsabilités. »
Avant d'éplucher ces quelques phrases, d'en extraire quelques unes des bonnes blagues et d'en démontrer leur mauvaise foi, il y a une question à ce poser : qu'est-ce que l'honneur ? Pour cela, je consulte un dictionnaire en ligne :
Honneur (au singulier) :
  • Principe moral d'action qui porte une personne à avoir une conduite conforme (quant à la probité, à la vertu, au courage) à une norme sociale et qui lui permette de jouir de l'estime d'autrui et de garder le droit à sa dignité morale. Synon. honnêteté.
  • Homme d'honneur. Homme vertueux, probe, intègre, courageux, qui ne transige pas avec les lois les plus strictes de la morale.
  • Bien moral dont jouit une personne dont la conduite (conforme à une norme valorisée socialement) lui confère l'estime des autres et lui permet de garder le sentiment de sa dignité morale.
  • Parole d'honneur. Engagement, promesse auquel on ne peut manquer sans se déshonorer.
  • Considération que l'on accorde à une personne qui s'est distinguée par ses qualités morales, par des actions, des attitudes valorisées socialement.
Honneurs (au pluriel) :
  • Marque de respect, d'estime; manifestation extérieure qui rend témoignage de la considération, de l'admiration qu'on porte à une personne; privilège accordé à quelqu'un pour le distinguer, lui donner des marques de considération.
  • Témoignages, marques de considération, d'estime, rendus à une personne qui s'est distinguée par sa conduite; marques de distinction.
  • Fonctions, titres qui confèrent de l'éclat dans la société.
  • Principales pièces qui servent aux cérémonies, aux sacres des rois, à la célébration des grandes cérémonies.
L'honneur se base sur le respect de règles établies et reconnues par un ensemble de personnes qui les reconnaissent comme valides et qui s'efforcent de les respecter. La définition ne dit pas si le respect de ces règles est individuel ou si les autres doivent obligatoirement s'y conformer. Dans ce cas, il y aurait une sorte de prosélytisme du même type que celui opéré par certaines religions combattues.
Si avoir de l'honneur, c'est défendre un certain nombre de valeurs définies une fois pour toute par une certaine tranche de la population, le fait de défendre des principes différents, même s'ils sont humains, dans la logique de ce siècle, égalitaires et justes, n'aurait donc aucun rapport avec l'honneur. Par conséquent, l'honneur serait une qualité dont seules quelques personnes seraient dotées à l'exclusion de tous les autres.
Pour résumer les propos d'Henri d'Orléans, l'honneur serait du côté de ceux qui sont contre le mariage pour tous et tous les autres, quelles que soient leurs motivations et leurs convictions, n'en auraient point. Or, cette force qui pousse les uns et les autres à défendre leurs idées et opinions ne peut avoir qu'une seule et même origine, encore faut-il admettre qu'elle puisse porter le même nom.
Il y aurait bien une autre explication à cette énigme sémantique :
  • Les manifestants qui défilent contre le mariage pour tous le font par honneur.
  • Ceux qui sont pour l'application de la loi ne sont pas motivés par l'honneur mais par autre chose.
  • Le mariage pour tous a divisé les manifestants en deux camps opposés : les pour et les contre.
  • Les manifestants qui défilent pour le mariage pour tous sont motivés par une valeur contraire à l'honneur.
  • Les antonymes de l'honneur recensés par les différents dictionnaires, sont les suivants : abjection, avilissement, déshonneur, discrédit, flétrissure, honte, humiliation, ignominie, improbité, indignité, infamie, malhonnêteté, moquerie, turpitude.
Il est vrai qu'il est tellement plus facile, plus pratique et plus reposant pour l'intellect de décréter arbitrairement que l'autre a tort puisqu'on a raison, qu'on ne voit pas pourquoi on se gênerait de prendre les partisans du mariage pour tous pour des scélérats et les candidats à ce mariage pour des moins que rien. Mieux, pour démontrer que l'honneur est du bon côté, on n'hésite pas à sortir des arguments qui n'en ont même pas la forme, on invoque une morale dont on ne précise pas la nature et on affirme des choses qui ne reposent sur aucun fait concret. L'idée la plus originale dans cette avalanche de mauvaise foi est d'avoir fait de cette absence d'intelligence une question d'honneur. Cette fantaisie, il fallait oser la trouver et la conjuguer, si l'on peut dire, à toutes les sauces pour en sortir une série de constatations dont certaines sont pour le moins hasardeuses.
Parmi la liste des personnes qui défendent leurs actions avec honneur, figurent des maires et pas n'importe lesquels : ceux qui décident de ne pas faire ce pour quoi ils sont élus, c'est à dire représenter l’État en faisant appliquer les lois de la République. Je veux bien admettre qu'un prétendant au trône, qui continue de véhiculer des remugles vieillots autant que vieillis sur les mérites et les avantages d'une royauté ou d'une monarchie, dont on ne nous dit jamais rien de précis, n'ait pas de véritables attachement pour la République, quelle qu'en soit son acception. De là à trouver honorable de désobéir avec tapage et jusqu'au ridicule, il n'y a qu'un pas qu'il franchit gaiement et sans scrupules. Certes, il existe l'obligation de désobéissance mais ce principe s'applique pour des causes autrement plus graves telles que l'invasion des armées nazies, les lois du gouvernement d'un maréchal sénile ou la dénonciations de familles sous le prétexte qu'elles ne sont pas chrétiennes (voire catholiques). Nombreux sont ceux qui auraient souhaité, à cette époque troublée, voir l'intégralité des maires refuser d'obéir. Il est vrai également qu'on approche des élections municipales et que beaucoup de ces maires préparent leur campagne : il vaut mieux parfois désobéir pour être réélu quitte à retourner sa veste par la suite et marier tout le monde sans se poser de questions existentielles.
Henri d'Orléans reconnaît aux manifestations des opposants au mariage pour tous le caractère pacifique et joyeux. Il aurait pu étendre sa liste d'adjectifs par ceux-ci : serein, convivial, festif ou encore sympathique, populaire et allègre. Si c'est ce qu'il pense, après tout, c'est son droit mais faire passer les participants de ce qu'on voulut appeler le « printemps français » pour des victimes ou des martyres, il ne faut quand même pas exagérer. Un défilé, même silencieux, calme et paisible où les affiches et autres pancartes véhiculent des slogans mensongers, erronés ou hors de propos fait tout autant de dégâts que n'importe quelle émeute. Quand on claironne qu'on veut défendre les enfants (contre quoi déjà?) on ne leur siffle pas des sottises désuètes, rétrogrades et supposées naturelles aux oreilles.
Dans son texte, Henri d'Orléans fait référence à la France éternelle, un concept qu'il se garde de définir, par peur d'effrayer les honnêtes gens, sans doute. Qu'est-ce donc que cette France éternelle ? Un pays idyllique, mythique et immuable qui servirait de référence ou de mètre-étalon pour les valeurs en usage dans notre société ? Une simple expression dans un texte pour évoquer les temps glorieux, heureux et lointains ? Une licence poétique posée là pour rassembler les vilaines brebis égarées, les mécréants et les scélérats qui veulent se marier entre eux ? Où et quand doit-on placer cette France merveilleuse, immuable et éternelle, à supposer qu'on puisse véritablement la localiser quelque part ? La chose n'est pas simple.
  1. La France n'a pas toujours eu les frontières qu'elle a aujourd'hui. Le territoire sur lequel Hugues Capet, Philippe Auguste, Charles VII, Louis XIV, Louis XVI, Napoléon Ier, Napoléon III ou la Troisième République exerçaient leur pouvoir n'était pas le même. Sur un peu plus d'un siècle, L'Algérie a été conquise puis rendue à son peuple, l'Alsace-Lorraine a été annexée à l'Empire allemand avant de redevenir française quant à l'empire colonial, il n'en reste officiellement plus rien (sauf pour Elf, Total, Aréva...). La France éternelle , ce ne peut être cela.
  2. La France a rayonné sur l'Europe avec sa culture, ses artistes et ses penseurs. Je pense à Rabelais, à Montaigne, aux poètes de la pléiade (ils étaient sept, parmi lesquels Ronsard et du Bellay) à Descartes, Racine, Corneille, Molière, Montesquieu, Diderot et d'Alembert, mais aussi à Chateaubriand, Balzac, Flaubert, Prudhon, Zola. A quelle France doit-on rattacher cette France éternelle ? A ce que les historiens appellent « le grand siècle » ou à celui dit « des lumières ». A la France de la Révolution Française, celle du Premier Empire, celle de la Monarchie de Juillet, celle de la révolution industrielle ou celle de la Troisième République ? Ces différentes époques n'avaient pas grand chose à voir les unes avec les autres et les valeurs n'étaient pas forcément les mêmes.
  3. La France éternelle peut enfin être un fantasme, une utopie. Même dans ce cas, je doute que cette France idéale soit conçue dans les mêmes termes par les deux prétendants au trône (les Bourbons et les Orléans), Jean-Luc Mélenchon, Olivier Besancenot, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Si on les interrogeait sur cette France éternelle, il est assuré que les recettes seraient dans certains cas, contraires.
  4. Il reste une dernière possibilité : la France éternelle est un mythe, un concept, et à ce titre, elle n'existe tout simplement pas. Il n'est déjà pas possible de connaître avec exactitude ce que sont ces sacro-saintes valeurs républicaines que nombre de politiciens brandissent régulièrement alors qu'elles doivent bien correspondre à quelque chose de concret (puisqu'elles sont supposées servir à l'intégration des étrangers dans la Nation française). La France éternelle est une vision de l'esprit tout comme le Jérimadeh de Victor Hugo qui n'a été forgé que pour une rime.
Henri d'Orléans doit aimer les formules toutes faites qui font l'effet d'un pétard (un pétard mouillé) mais ne reposent sur aucune observation tangible ou sérieuse. Il affirme, et il n'est pas le seul, que le mariage pour tous va conduire à ce qu'il appelle le démantèlement de la famille. Creusons un peu ce nouvel épouvantail pour simples d'esprit (à qui les évangiles promettent le royaume des cieux, si je me souviens bien).
Démanteler :
« Détruire ce qui se présente comme un ensemble organisé (fait de parties qui tiennent ensemble comme les moellons d'une muraille) et l'éparpiller. »
Je ferai remarquer, qu'en son temps, le divorce avait fait redouter les mêmes choses. La cellule familiale se scindait, certes, mais pour se reformer autrement. Ce qu'on appelle désormais les familles recomposées sont aujourd'hui très courantes et les enfants qui y sont élevés n'ont pas forcément leurs deux parents sous leur toit. L’Église ne reconnaît toujours pas le divorce mais les juges de la République en prononcent quand même tous les jours. Le principe, quoi qu'on en pense, est entré dans les mœurs.
La famille :
Le mot « famille » peut prendre deux sens différents. Il peut désigner l’ensemble des personnes qui ont des liens de parenté et d’alliances tel que grands-parents, oncles, tantes, cousins. Il désigne aussi un groupe de personnes vivant ensemble dans le même foyer, généralement les parents et les enfants.
Pour les historiens, une famille est un ensemble de personnes ayant un lien de parenté.
Pour les sociologues, ce sont des personnes habitant sous le même toit tel que deux colocataires.
Pour l'INSEE, une famille est la partie d'un ménage comprenant au moins deux personnes et constituée :
  • soit d'un couple vivant au sein du ménage, avec le cas échéant son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage ;
  • soit d'un adulte avec son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage (famille monoparentale).
Pour qu'une personne soit enfant d'une famille, elle doit être célibataire et ne pas avoir de conjoint ou d'enfant faisant partie du même ménage.
Un ménage peut comprendre zéro, une ou plusieurs familles. »
Le combat pour l'honneur des veilleurs fait encore et toujours référence à ces opposants au mariage pour tous qui sont capables de se mobiliser pour une affaire qui ne les concerne finalement pas. Or, l'être humain, quand il n'est pas le parfait égoïste qui est capable de tout pour satisfaire son propre intérêt, quitte à écraser son voisin, ses collègues et trahir ses amis, s'occupe de son prochain et se mêle, disons-le carrément, de ce qui ne le regarde en rien. Dans ces cas, fort fréquents, il n'hésite pas à vouloir imposer à autrui des modes de vie, des croyances ou des valeurs qu'il ne respecte pas nécessairement lui-même. Il y a pourtant de nombreux autres sujets d'indignation qui devraient faire l'objet de manifestations mais ils n'ont assurément pas la même importance. En vérité, qu'est-ce qu'on en a à faire de tous ces travailleurs qui se retrouvent du jour au lendemain à la rue parce que les usines déménagent en Asie ? Qui se préoccupe des familles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, réduites à mendier auprès des services sociaux tandis que les financiers engrangent des profits scandaleux ? Qui s'offusque des mensonges éhontés qu'on fait avaler aux peuples d'Europe pour engraisser les banques ? Là, personne ! S'il y a un combat et un honneur à défendre, il faudra bien que quelqu'un se décide à dire aux veilleurs qu'ils se trompent de cible. Les manifs pour tous ont l'avantage d'occuper les esprits et de distraire les foules : ailleurs, on s'occupe de votre avenir et là, ce ne sera pas la même histoire.
« Nous allons prendre conseil de notre conscience. Elle est là , dans cette valise, tout couverte de toiles d'araignée, On voit bien qu'elle ne nous sert pas souvent. »
(Alfred Jarry)
« La conscience est un bâton que chacun prend pour battre son voisin. »
(Honoré de Balzac)
« Les gens qui ont bonne conscience ont souvent mauvaise mémoire. »
(Jacques Brel)
Le mariage pour tous, qui n'est somme toute qu'une simple formalité légale, un passage d'une dizaine de minutes devant le maire, officier d'état civil, est le prélude à une catastrophe presque galactique digne de la fin des temps et des apocalypses qu'on nous y promet. On essaiera de ne pas rire ou se moquer de la simplicité naïve de la menace qui pèse au-dessus de nos têtes : lorsque deux hommes ou deux femmes voudront signer l'acte par lequel ils fondent une famille, d'un genre nouveau, je le reconnais, la fin du monde sera proche et il faudra se préparer d'une part à la venue de l'Antéchrist et d'autre part à « la mort de notre civilisation et de notre conscience », comme le rapporte le prophète royal d'Orléans. L'annonce de cet événement dont le tragique relève plus du grandguignol que de la possible occurrence, est à ce point grotesque que je ne m'y étendrai pas plus que ça.
  1. Pour ce qui est de la civilisation, l'histoire de l'humanité nous a appris que les civilisations naissaient, croissaient et s'effondraient un jour pour des raisons qui s'expliquaient. Les guerres, l'économie ou la politique ont eu raison des anciens empires tels que l'Egypte, la Perse, Rome, Byzance. Plus près de nous, des événements majeurs ont bouleversé notre quotidien : la Révolution Française, l'industrialisation, les deux guerres mondiales, l'Europe et les crises financières de ces dernières années. L'avenir nous promet encore bien des péripéties et il est probable que l'une d'entre elles viennent de Chine (ce qu'on avait appelé, dans les années 1950, « le péril jaune ». A chacun de ces changements, les habitudes et les valeurs ont changé : l'apparition du Christianisme, l'émergence de l'Islam, la Renaissance et les différentes révolutions, même si elles ont transformé durablement et en profondeur la société n'ont jamais causé sa disparition brutale.
  2. La mort de notre conscience doit être une étape ultime, quelque chose d'encore plus épouvantable que la mort de la civilisation. J'ai eu beau chercher des références historiques, littéraires ou même ésotériques, je n'ai rien trouvé d'autre que des sujets d'intérêt clinique tels que celui-ci : que se passe-t-il après la mort ? Selon l'adage scientifique qui dit que « rien ne se perd et rien ne se crée, tout se transforme » je peux affirmer qu'il y a toujours un après et que les personnes qui vivaient avant seront toujours là. Peut-être auront-elles conservé leurs illusions ou auront-elles choisi de vivre avec leur temps. L'avenir nous le dira.
Le dernier point soulevé par l'extrait du texte d'Henri d'Orléans concerne la conscience et le sens des responsabilités des maires qui refusent d'appliquer la Loi, se situant au dessus de la Nation et de ses représentants. Je vais rappeler ce que signifient les termes de conscience et de responsabilité avant de faire mon commentaire.
Conscience :
  • Propriété particulière de la conscience humaine qui permet à l'homme de porter des jugements normatifs immédiats, fondés sur la distinction du bien et du mal, sur la valeur morale de ses actes; connaissance intuitive, sentiment intime de cette valeur.
  • Affaire de conscience. Problème mettant en jeu la conscience morale parce qu'il implique, pour que soit préservée la paix de la conscience, le besoin et la nécessité, malgré certaines difficultés, de se conformer à une obligation morale.
  • Bonne conscience. Conscience satisfaite de l'homme qui a le sentiment d'agir conformément aux valeurs morales et de n'avoir aucun reproche à se faire.
  • Se donner bonne conscience. Trouver les accommodements et l'indulgence nécessaires vis-à-vis de soi-même pour avoir à moindre frais le sentiment de s'acquitter de ses obligations morales et de n'avoir rien à se reprocher.
  • Liberté de conscience. Liberté laissée à chacun, en particulier par les pouvoirs publics, de juger des doctrines, religieuse et philosophique notamment, qui lui conviennent, accompagnée de la liberté d'y conformer sa vie.
  • Vendre sa conscience. Abandonner à d'autres personnes, en échange de certains avantages, son pouvoir et son droit de juger par soi-même et de se déterminer librement.
  • Objection de conscience. Action d'objecter des devoirs supérieurs d'ordre religieux, ou simplement moral, pour refuser d'accomplir une obligation légale. Refus d'accomplir ses obligations militaires au nom de la religion, ou de la morale, qui condamne la violence et le fait de tuer.
  • Conscience (professionnelle). Scrupuleuse honnêteté que l'on apporte à l'exécution de son travail, inspirée par le sens des exigences de sa profession accompagné de la volonté de s'en acquitter au mieux quelles que soient les difficultés.
  • Cas de conscience. Difficulté créée par une situation ambiguë où la conscience hésite à se déterminer dans un sens précis faute d'une prescription religieuse à laquelle se référer dans un tel cas.
Responsabilité :
  • Définition : Fait d'être responsable, de devoir répondre de ses actes ou de ceux de quelqu'un d'autre, ou d'avoir à sa charge des décisions. Synonyme : obligation.
  • «La personne responsable assume les conséquences de ses actes, qu’ils soient délibérés - c’est-à-dire résultant d’une décision prise ou acceptée - ou non, de telle manière que les autres en bénéficient au maximum ou, du moins, n’en souffrent pas. En même temps, elle fait en sorte que les autres se comportent de la même façon”.
  • Sens des responsabilités : Capacité de rencontrer ses obligations, de remplir ses devoirs et de porter les conséquences de ses actes.
  • La responsabilité morale consiste en une capacité pour un sujet volontaire et conscient de prendre une décision sans en référer au préalable à une autorité supérieure, à pouvoir donner les motifs de ses actes, et à être jugé sur eux.
Les élections municipales approchent et bien des maires sont près à tout pour être à nouveau élus. L'avantage du mariage pour tous est incontestable : qu'on soit pour ou contre ou que l'électorat soit pour ou contre (le candidat à la mairie adoptera celui de la majorité qui l'élira – c'est ce qu'on appelle un cas de conscience) la publicité est gratuite. C'est le moment de bâtir sa campagne électorale sans risquer d'avoir ses comptes rejetés par le Conseil Constitutionnel. C'est beau la démocratie !

« Votre morale n'est pas la mienne. Votre conscience n'est plus la mienne. »

(Albert Camus.)

mercredi 19 juin 2013

Le mariage pour tous.

« L’inutilité de toute discussion me paraît de plus en plus évidente. On ne discute pas pour arriver à la vérité, mais pour faire triompher son point de vue et pour exterminer son interlocuteur. On veut qu’il disparaisse, qu’il ne soit pas, qu’il succombe à l’humiliation et à la honte. »
(Julien Green)
« Le dialogue véritable suppose la reconnaissance de l'autre à la fois dans son identité et dans son altérité. »
(Proverbe africain)
« Le dialogue paraît en lui-même constituer une renonciation à l'agressivité. »
(Jacques Lacan)
Un printemps « français ».
Le mariage pour tous permet désormais légalement à des personnes de même sexe de s'unir devant monsieur le maire, de bénéficier des mêmes droits et d'avoir les mêmes devoirs que n'importe quel autre couple. Le Conseil Constitutionnel a déclaré cette loi conforme et le Président de la République l'a promulguée.
Mystérieusement, le chômage peut augmenter dans des proportions catastrophiques, les usines fermer les unes derrière les autres et flanquer des travailleurs à la rue, les impôts, les taxes et les prélèvements en tout genre peuvent se multiplier à l'infini, les durées de cotisation pour les retraites peuvent enfler d'année en année et l'Europe peut fixer des règles économiques abracadabrantesques aux États qui la constituent (pour reprendre une expression de Jacques Chirac) au risque de les précipiter dans la faillite, mais on ne peut pas s'aimer et s'unir car ça, c'est choquant.
Évidemment, on peut être pour ou contre le mariage pour tous (c'est ainsi qu'il s'appelle et non autrement, soit dit en passant). Chacun peut se faire sa propre opinion. Il est même possible de ne pas en avoir sans pourtant paraître se désintéresser du sujet. Le propos, poussé à l'extrême, débouche sur cette question, un classique de la philosophie : « doit-on avoir une opinion sur tout ? »
  • Si on est pour, la loi est votée et le problème est réglé. Il n'y a plus qu'à faire les démarches pour passer devant le maire si on est concerné.
  • Si on est contre, c'est simple, on ne se marie pas et les choses devraient s'arrêter là.
  • Si on ne sait pas, il vaut mieux laisser passer quelques semaines pour réfléchir plus sereinement. Il faut espérer que les choses s'apaiseront.
Or, si le mariage pour tous permet à deux hommes ou deux femmes de convoler en de justes noces, il est également le sujet de conversation préféré de personnes soi-disant bien pensantes qui déversent des sottises sur toutes les ondes alors qu'elles ne sont pas concernées et qu'elles ne se sont pas renseignées avant. Les thèmes abordés dans les discours, les défilés et autres protestations sont ceux-ci :
  • La famille, formée d'un papa et d'une maman, qui a l'avantage de nier l'existence des familles recomposées (ce qui n'est pas rare de nos jours) ou, mieux encore, les familles monoparentales (je citerai celles « qui ont fait un bébé toute seules » dont parle la chanson de Jean-Jacques Goldman).
    Je laisse volontairement de côté les familles composites constituées d'un être humain et d'un animal (un homme avec une truite ou une femme avec un babouin) qui est, selon le fantasme de quelques originaux de la manif pour tous, la suite logique au mariage pour tous.
  • L'enfant qu'on prétend vouloir préserver (de quoi et de qui?)
  • L'adoption, les mères porteuses et la fécondation in vitro, le tout dans un joyeux mélange où s'insèrent des actes interdits voire punis par la loi. (L'inceste, la pédophilie, l'euthanasie, l'eugénisme...)
  • Le point de vue de l’Église Catholique, par l'intermédiaire d'associations qui lui sont proches, celles-là même qui censurent des affiches, des films ou des livres qu'ils jugent choquants.
  • Le mot « mariage » qui a été un temps au centre de la polémique.
Ces différents sujets auraient dû être le point de départ de discussions passionnantes (et non passionnées) et de débats constructifs pour faire un point sur ce qu'on sait avec certitude et proposer de nouvelles définitions pour préparer l'avenir. Je rappelle que l'avenir se construit avec les idées du présent : il n'est donc pas une continuité ni une reproduction du passé auquel il ne faudrait rien changer. Au lieu de cela, les adversaires du mariage pour tous ont déversé tous les poncifs, clichés et stéréotypes possibles et même pas imaginables dans des propos qu'ils débitaient en boucle comme une leçon apprise par cœur mais qui n'aurait pas été comprise. Mais ont-ils seulement envie de comprendre un sujet qu'ils n'admettent pas au départ ?
Si le futur se bâtit à partir des éléments du présent, le passé permet de décrypter le présent. Un opuscule d'Arthur Schopenhauer, philosophe allemand du XIXème siècle, intitulé « l'art de toujours avoir raison », explique que dans une discussion, le plus important n'est pas de mettre en évidence des vérités mais, tout simplement, d'avoir raison, mieux d'imposer son point de vue. Il donne ensuite des recettes pour parvenir à ces fins. L'ultime stratagème est celui-ci :
« Si l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers. Être désobligeant, cela consiste à quitter l’objet de la querelle (puisqu’on a perdu la partie) pour passer à l’adversaire, et à l’attaquer d’une manière ou d’une autre dans ce qu’il est. »
Dans un autre ouvrage, « l'art de l'insulte », Schopenhauer explique comment imposer son point de vue au forceps lorsque toutes les méthodes dialectiques ont été vaines ou qu'elles ne suffisent pas.
« Lorsque l’insulteur a été grossier, il faut être encore plus grossier. Si les invectives ne font plus d’effet, il faut y aller à bras raccourcis, mais là aussi il y a une gradation pour sauver l’honneur : les gifles se soignent par des coups de bâton, ceux-ci par des coups de cravache. Contre ces derniers mêmes, certains recommandent les crachats, pour voir. C’est seulement lorsque ces moyens arrivent trop tard qu’il faut recourir sans hésiter à des opérations sanglantes. »
Je doute fort que les manifestants anti mariage pour tous aient lu ces deux ouvrages mais ils en ont adopté les méthodes les moins subtiles. Quelqu'un tirerait-il les ficelles en arrière plan ? Sans vouloir être conspirationniste ou « parano » comme disent les jeunes, je serais prêt à le croire.
Aristote a dit que « le rire est le propre de l'homme » j'ajouterai que le ridicule n'est jamais bien loin car ce qui caractérise les « anti-mariage gay », contrairement à ce qu'on pourrait attendre, ce ne sont pas des arguments solides mais des actions spectaculaires et tapageuses. J'en ai relevé quelques unes dans la presse quotidienne :
  • La permanence du rapporteur socialiste de la loi a été vandalisée.
  • Après avoir célébré le premier mariage pour tous, la maire de Montpellier reçoit un colis contenant des excréments.
  • Les « anti-mariage gay » comptent faire du Tour de France une vitrine médiatique.
  • La finale de Roland-Garros 2013 a été perturbée par des opposants au mariage pour tous.
Dans un pays civilisé comme la France, dont la culture riche et vaste va puiser ses sources dans les civilisations grecques et latines, à qui nous devons la démocratie et le droit romain (ancêtre vivace de notre Code Civil), les civilisations islamo-musulmanes, qui ont complété nos connaissances en mathématiques, en astronomie et en médecine, ainsi que le monde judéo-chrétien, dont Jésus est le personnage central, on aimerait côtoyer l'intelligence plutôt que la sottise. Dans notre histoire littéraire, les siècles passés nous ont donné Voltaire, Rousseau, Descartes, Montaigne, Montesquieu puis Balzac, Flaubert, Zola (la liste n'est pas exhaustive). Tous ces noms qui ont fait et font toujours la gloire de l'esprit français pour en arriver à Frigide Barjot. Là, moi je dis stop !
En France, le pays des lumières (il a été montré plus haut qu'elles étaient désormais éteintes), il ne se passe plus rien sans que quelqu'un casse. Après un match de foot victorieux, on casse. Pour le nouvel an, on casse. Le casseur est le causeur moderne. Quand on n'a rien à dire de sensé, on se tait mais on ne casse pas tout. C'est donner raison à Bertold Brecht qui disait que « La violence est l'intelligence des imbéciles ». C'est également un bel exemple que les anciens donnent aux jeunes (à tous les jeunes : leurs propres enfants et ceux des quartiers socialement moins favorisés). Lorsque ce sont les jeunes des banlieues qui cassent, on parle de sauvageons, de bandes organisées, de terroristes. Quand ce sont les bourgeois catholiques, tout est différent : c'est une lutte contre un déni de démocratie ou une de ces raisons étranges entendue au journal télévisé et qui feront réfléchir les casseurs des banlieues la prochaine fois qu'il voudront se friter avec la police. Est-ce cela qu'on appelle l'éducation ?
Le mariage pour tous est un beau prétexte qui permet à des personnalités de tous les horizons de s'illustrer de façon fort étonnante, souvent avec une logique qui leur est propre et qui n'a rien de mathématique :
« Christine Boutin n’est pas avare d’opinions sur le «mariage pour tous» mais n’aime pas qu’on parle du sien. La présidente du Parti chrétien démocrate a indiqué ce mercredi midi sur Europe 1 qu’elle «traduirait en justice» «tous ceux qui [l’]attaqueront» sur le fait qu’elle a épousé son cousin germain. »
Un syllogisme peut être déduit de cet article de presse extrait du site 20minutes.fr :
  • Christine Boutin va traduire en justice ceux qui évoquent son mariage avec son cousin germain.
  • Christine Boutin a parlé de son propre mariage dans la presse.
  • Christine Boutin va donc porter plainte contre elle-même. Qui va gagner ?
Sur son site http://www.maisonroyaledefrance.fr/ Henri d'Orléans, descendant du roi Louis-Philippe et actuel prétendant au trône (en concurrence avec Louis XX, son cousin espagnol) s'est, lui aussi, exprimé sur le mariage pour tous.
« Après le vote du mariage pour tous, les sanctions contre les objecteurs, accrochés à la réalité de l'homme et de la nature, risquent de fondre pour sanctionner les Maires qui ont encore une conscience. Car par delà plane l'immense problème des enfants dont on programme déjà la naissance artificielle par tierce personne, ou encore la destruction "in utero" des embryons défectueux. Car bien évidement ces nouveaux couples sont par nature improductifs. Le marché de ces nouveaux "nounours" que l'on achète pour le plaisir, en grande partie, et dont un jour on n'aura, peut être, plus envie peut tourner au drame. Ces "nounours" seront-ils jetables à la poubelle comme les chats ou les chiens dont on veut se débarrasser après les fêtes de Noël et du jour de l'An? »
(Henri d'Orléans.)
Ce paragraphe, inséré dans un long texte qui ne manque pourtant pas d'intérêt, mérite quelques rappels et commentaires :
Le rôle et les devoirs du maire.
  • Le maire est à la fois représentant de l’État et agent de la commune.
  • Représentant de l’État, il est chargé de l'exécution des lois et règlements sur le territoire de la commune sous le contrôle du préfet.
  • Il a la qualité d'officier de police judiciaire et celle d'officier d'état civil (célébration des mariages, enregistrement des déclarations de naissance, décès..).Le maire est notamment chargé de la police municipale.
  • Il doit assurer "la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ".
  • Il exécute les décisions du conseil municipal (qui règle par ses délibérations les affaires de la commune, vote le budget communal et contrôle l'administration du maire) sous le contrôle administratif du préfet.
Le maire a effectivement deux aspects qui peuvent paraître contradictoires :
  1. Il y a celui qui fait campagne autour de thèmes sur lesquels il souhaite rassembler les électeurs en vue de son élection (thèmes qui peuvent évoquer le mariage pour tous, le fait qu'il soit pour ou qu'il soit contre, arguments à l'appui ou non). Celui-là est doté d'une conscience (politique, sociale, religieuse...)
  2. Il y a le représentant de l’État et, comme le stipule la loi, il est chargé de l'exécution de la loi et des règlements sur le territoire de sa commune. Ce principe n'est pas une nouveauté de la République, il existait déjà bien avant la Révolution. Et quand bien même le Chef de l’État serait un Roi de France, un Empereur des Français ou encore un Maréchal sénile, cela ne changerait rien : ceux qui sont chargés d'appliquer la loi le font par devoir et non en conscience.
Le mariage selon la loi.
Pour ce qui concerne le mariage, l'éducation des enfants, les droits et les devoirs des époux, voici ce que disaient les articles du Code Civil avant le vote de la loi sur le mariage pour tous.
« Art 212 : Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance.
Art 213 : Les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille, ils pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir.
Art 214 : Si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives.
Art 215 : Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie.
Art 371-1 : L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité. »
Henri d'Orléans a de fort curieuses conceptions du couple, du mariage et des homosexuels. Comme quoi, on peut être héritier de plus de mille années d'histoire, avoir tous les rois de France pour ancêtre et affirmer gratuitement des choses qui reposent sur du vent et du ouï-dire.
Les couples improductifs.
  • Cette expression fait froid dans le dos car elle suppose qu'un couple est fait pour produire : les hommes féconder les œufs et les femmes pondre. Et qui dit produire pense rentabilité. Le maire et le prêtre seraient, dans ce cas, les managers et la famille les actionnaires. Vu l'état de l'industrie dans notre pays et la facilité que nos dirigeants ont à laisser filer à l'étranger tout ce qui est destiné à la production, il vaut mieux ne pas imaginer ce que deviendrait la population dans cinquante ans.
  • Si un couple se marie pour « produire » une progéniture, que se passe-t-il en cas de stérilité de l'un des époux ? Il ne peuvent pas adopter puisque, comme il l'a été dit dans les manifs pour tous, la nature n'a pas voulu qu'ils aient des enfants. De plus, s'ils sont improductifs, comme c'est le cas pour les couples de même sexe, il ne peuvent pas se marier non plus. En conclusion, personne ne pourrait plus se marier sans prouver au préalable être fécond. Ceci élimine du mariage les femmes au delà d'un certain âge (après la ménopause).
  • Le cas suivant pourrait également être étudié : que faire lorsqu'un couple, répondant aux exigences décrites au paragraphe précédent, est marié mais n'a pas eu d'enfants. Doit-on d'autorité dissoudre leur mariage ? Au bout de combien de temps ?
C'est là qu'on s'aperçoit qu'on ne peut pas ramener un enfant à un simple produit manufacturé, fut-il un sympathique « nounours » comme celui de notre jeunesse, ni considérer les couples comme des reproducteurs ou des géniteurs.
Les « nounours » jetables.
  • Supposer qu'un couple formé de deux personnes de même sexe envisage l'adoption d'un enfant comme l'achat d'un ours en peluche est non seulement stupide mais aussi méprisant et insultant. Ces propos injurieux font passer des êtres qui s'aiment et qui veulent avoir des enfants pour des monstres incapables d'aimer.
  • Comparer des enfants à des « nounours » est déjà choquant, assimiler ce même « nounours » à un chat ou un chien dont on souhaite se débarrasser après les fêtes de Noël (la fête des enfants par excellence, à commencer par celle de l'enfant Jésus) est une abjection sans nom. Les mots du duc d'Orléans en disent plus que tous les commentaires qu'on pourrait en faire.
Je suis curieux de connaître les études scientifiques qui ont permis à ce monsieur de proférer de tels propos. Peut-être a-t-il puisé dans son entourage, ses connaissances ou ses relations la preuve de ce qu'il avance. Dans ce cas, monsieur le duc est bien mal entouré : il serait temps de faire le ménage dans ses contacts. Pourquoi ne pas carrément changer d'opérateur ? Oublier les idées monarchistes qui font rire tout le monde et proposer un projet de « Démocratie avec implication du Citoyen ». La République, la Nation et le Peuple de France pourraient dans ce cas avoir recours à lui avec le sentiment de construire l'avenir en commun. Certains dorment sur leurs lauriers, lui ressasse des souvenirs qui ne sont même pas les siens.
Henri d'Orléans n'est malheureusement pas le seul à diffuser ses opinions hâtives : d'autres personnes, célèbres ou anonymes, dans les cortèges où on exige l'abrogation de la loi Taubira, prennent tout simplement leur fantasmes pour des réalités. Avec un soupçon de politique et deux doigts de religion les propos finissent par prendre des proportions ahurissantes. N'oublions pas qu'au départ, il était simplement question de donner à deux personnes qui s'aiment la possibilité de fonder un foyer.
Commençons par les histoires de famille :
  • Les opposants prétendent que le mariage pour tous va détruire la famille.
  • Face à cette affirmation, voici la réponse de ceux qui sont pour :
« Si les couples homosexuels veulent accéder au mariage, c’est non seulement pour la reconnaissance par l’État de la validité de leur amour et des engagements que le mariage civil implique, mais également pour leur souhait de fonder une famille, comme les autres, et de la voir reconnue, et protégée. Il ne s’agit pas de « détruire la famille » mais bien de reconnaître qu’à l’aube du XXIe siècle, à l’heure où plus de 50% des enfants naissent hors mariage, il n’y a plus un seul modèle de famille, mais plusieurs, et que cette diversité nous enrichit. »
Petite remarque en passant : lorsque deux personnes ou assemblées de personnes disent le contraire l'une de l'autre, il y en a au moins une des deux qui se plante. Reste à savoir laquelle.
Ensuite, viennent les enfants qu'il faut protéger :
  • Les opposants disent qu'il y a un risque de déséquilibre pour les enfants si les deux parents sont du même sexe.
  • En face, voici ce que dit Michel Huyette, conseiller à la cour d'appel de Toulouse et ancien juge des enfants, sur le site lepoint.fr :
« L'hétérosexualité est tout sauf une garantie de bien-être pour les enfants. Les couples d'homosexuels ne sont a priori ni de pires ni de "meilleurs" parents que les hétérosexuels, tant sur les plans de l'éducation, de la transmission des valeurs et de l'amour. Le bien-être des enfants, argument souvent mis en avant contre le mariage de personnes de même sexe, n'est pas un argument pertinent. L'institution judiciaire constate tous les jours que les enfants, dans les familles ordinaires, c'est-à-dire constituées d'enfants grandissant auprès de parents hétérosexuels, sont bien plus souvent malmenés que ce que l'on voudrait nous faire croire. Présenter la famille classique comme une garantie de paix et d'harmonie est une véritable supercherie, tant la réalité est contraire. »
« Y a des gens qui ont des enfants parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir un chien. » disait Coluche.
Enfin vient l'Eglise Catholique.
Ces quelques citations peuvent résumer l'état d'esprit qui y règne :
« Le gros problème des catholiques, c'est qu'ils font des tas de conneries, mais ils mettent deux siècles à réagir. »
(Christophe Alévèque)
« Puisque le fatras biblique suffit à toute science, l’Église passe à côté de toutes les découvertes majeures effectuées pendant les dix siècles où la poussée de l'intelligence est contenue mais pas stoppée par les autorités catholiques, apostoliques et romaines. Le progrès s'effectue grâce à des individus rebelles, des chercheurs déterminés, des scientifiques privilégiant la raison aux croyances de la foi. Mais si l'on examine un peu les réactions de l’Église face aux découvertes scientifiques sur les mille dernières années, on demeure stupéfait des ratages accumulés !. »
(Michel Onfray, Traité d'athéologie)
« La religion catholique a considérablement réduit le champ de la sexualité acceptable, et a transformé en faute morale, en péché, de nombreux comportements que la société laïque considère comme non répréhensibles à partir du moment où les règles fondamentales du pacte social sont respectées : être entre adultes consentants, et tenir compte de la liberté d'autrui. »
(lu sur le site sexodoc.fr)
Rappel :
« La loi de séparation des Églises et de l'État est une loi adoptée le 9 décembre 1905 à l'initiative du député socialiste Aristide Briand, qui prend parti en faveur d’une laïcité sans excès. Elle est avant tout un acte fondateur dans l'affrontement violent qui a opposé deux conceptions sur la place des Églises dans la société française pendant presque vingt-cinq ans. »
(Wikipedia)
L’Église Catholique (Apostolique et Romaine) n'est pas un vecteur de progrès, c'est le moins que l'on puisse dire (les citations suivantes sont extraites du Catéchisme de l'Eglise Catholique http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_INDEX.HTM ) :
Le divorce.
« Nombreux sont aujourd’hui, dans bien des pays, les catholiques qui ont recours au divorce selon les lois civiles et qui contractent civilement une nouvelle union. L’Église maintient, par fidélité à la parole de Jésus Christ qu’elle ne peut reconnaître comme valide une nouvelle union, si le premier mariage l’était. Si les divorcés sont remariés civilement, ils se trouvent dans une situation qui contrevient objectivement à la loi de Dieu. Dès lors ils ne peuvent pas accéder à la communion eucharistique, aussi longtemps que persiste cette situation. Pour la même raison ils ne peuvent pas exercer certaines responsabilités ecclésiales. La réconciliation par le sacrement de pénitence ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et se sont engagés à vivre dans une continence complète. »
La contraception.
« La continence périodique, les méthodes de régulation des naissances fondées sur l’auto-observation et le recours aux périodes infécondes (cf. HV 16) sont conformes aux critères objectifs de la moralité. Ces méthodes respectent le corps des époux, encouragent la tendresse entre eux et favorisent l’éducation d’une liberté authentique. En revanche, est intrinsèquement mauvaise " toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation " »
L'I.V.G.
« Depuis le premier siècle, l’Église a affirmé la malice morale de tout avortement provoqué. Cet enseignement n’a pas changé. Il demeure invariable. L’avortement direct, c’est-à-dire voulu comme une fin ou comme un moyen, est gravement contraire à la loi morale .
La coopération formelle à un avortement constitue une faute grave. L’Église sanctionne d’une peine canonique d’excommunication ce délit contre la vie humaine. " Qui procure un avortement, si l’effet s’en suit, encourt l’excommunication latæ sententiæ par le fait même de la commission du délit et aux conditions prévues par le Droit. L’Église n’entend pas ainsi restreindre le champ de la miséricorde. Elle manifeste la gravité du crime commis, le dommage irréparable causé à l’innocent mis à mort, à ses parents et à toute la société. »
Le P.A.C.S et enfin le mariage pour tous.
« L’adultère et le divorce, la polygamie et l’union libre sont des offenses graves à la dignité du mariage. »
L'homosexualité.
« L’homosexualité désigne les relations entre des hommes ou des femmes qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même sexe. Elle revêt des formes très variables à travers les siècles et les cultures. Sa genèse psychique reste largement inexpliquée. S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que " les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés ". Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas.
Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur condition.
Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne. »
Mon commentaire sera simple : n'est-ce pas Jésus qui a dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? A moins que l’Église ne se réclame plus de lui... Sait-on jamais.
Alfred Korzybski, fondateur de la Sémantique Générale, est l'auteur de cet aphorisme :
« La carte n'est pas le territoire »
Dans le même ordre d'idée, il est possible d'en forger d'autres, comme ceux-ci :
« La religion n'est pas Dieu »
« La France n'est plus la fille aînée de l’Église. »
Pour conclure :
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales. »
(Article premier de la Constitution de la Cinquième République)

vendredi 26 avril 2013

Lettre ouverte à Henri d'Orléans, Comte de Paris, Duc de France.

« Les français sont comme les gaulois : ils craignent que le ciel ne leur tombe sur la tête, alors, ils prennent les devants. »
Boris Vian, L'Herbe rouge (1950)
« Oui, le peuple français est le peuple le plus intelligent de la terre.Voilà pourquoi, sans doute, il ne réfléchit pas. »
Edgar Faure (1908-1988) ; Découverte de l'archipel.

Monsieur,

Il y a quelques mois, Jean-Luc Mélanchon comparait François Hollande à Louis XVI. L'hebdomadaire « Le Point » reprend cette thématique et affiche cette semaine, en première page, le titre suivant : « Sommes-nous en 1789 ? » Les références à la Révolution Française se multiplient sans que ce soit seulement un effet de mode : il existe de nombreuses similitudes entre les mois qui précédèrent l'ouverture des Etats Généraux et les événements actuels. Même l'emploi du mot « révolution » semble approprié :
« Une révolution est un changement, un bouleversement important et brusque dans la vie d'une nation. Le terme de révolution s'applique à de nombreux domaines : social, politique, économie, culture, morale, science, techniques... »
En astronomie, le sens est différent mais s'accorde avec l'impression générale :
« Une révolution est la distance parcourue par un objet céleste autour d'un axe qui le ramène au même point de l'espace. »
L'actualité des ces dernières semaines ne fait que traduire un malaise plus profond qui touche les institutions de notre pays. Elles avaient pourtant fêté, tambour battant, leur cinquante ans d'existence. Tandis que les uns brandissent des valeurs républicaines dont on se demande toujours ce qu'elles ont de si spécifiquement républicaines, d'autres attendent un effondrement du régime en participant, que dis-je, en se servant de manifestations pour déverser des torrents de sottises toutes plus aberrantes les unes que les autres. A l'écart, mais tout aussi virulents, aux deux extrémités de la palette politique traditionnelle, deux personnalités qui surfent sur la vague populiste, chacun à leur manière, loin de calmer le jeu, ne font que ranimer de vieilles rancœurs.
Désormais tout est prétexte à dispute, à rixe ou à polémique, comme s'il n'existait dans le débat public que des motifs de désaccord. Il est vrai que les sujets qui fâchent sont nombreux :
  • Les effets et les conséquences de l'immigration, accompagnés de leur cortège d'idées préconçues ;
  • La laïcité, un terme qui porte à lui seul toutes les significations possibles et leurs contraires ;
  • L'identité nationale, qui a été le prétexte à des déchaînements de passions vaines et stériles ;
  • L'intégration qui, mystérieusement, ne concerne pas tout le monde ;
  • Des considérations erronées sur l'islam, les musulmans, l'islamisme et l'intégrisme par de supposées sommités médiatiques qui mélangent tout ;
  • L'économie, la finance, la crise et l'austérité, les derniers sujets de conversation à la mode sur les plateaux de télévision ;
  • Le projet de loi relatif au mariage pour tous, pour, ou contre lequel seuls parlent ceux que cela ne concerne pas.
Pour accentuer un marasme ambiant, la presse diffuse largement ces informations, ce qui est son rôle, mais les commente, les analyse et en répète inlassablement les exubérances. Le cortèges de bavards et autres spécialistes de la billevesées qui animent les débats par la vacuité de leurs opinions nous ferait presque croire que rien n'existe qui soit capable de fédérer la nation hétéroclite qui fait la France d'aujourd'hui. Henri Rochefort disait déjà, en mai 1868 dans « la Lanterne » que « La France a trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement. » Est-ce que ces choses sont à ce point immuables ?
S'il existe plus de sujets de discorde que de thèmes véritablement fédérateurs, que penser d'un homme providentiel qui pourrait rassembler l'ensemble de la population derrière un projet commun ?
« L’Homme Providentiel est un personnage qui apparaît dans les périodes de crises, et qui se présente comme le sauveur ultime chargé d’une sorte de mission historique ou divine, à savoir résoudre d’un coup de baguette magique tous les problèmes qui se posent à la société à un moment donné. »
« L’homme providentiel par excellence aurait l’énergie et la détermination de Bonaparte, la vision et le charisme du Général De Gaulle, la sagesse D’Adolphe Thiers, l’intégrité de Pierre Mendes-France, le patriotisme de Gambetta et pour­quoi pas le charme de Ségolène Royal. »
(Jean Garrigues, invité du journal 20minutes.fr)
Les français ne peuvent s'empêcher de se réfugier derrière la silhouette d'une per­sonnalité. Les exemples sont nombreux, jugez-en plutôt.
  • Après avoir aboli la royauté en 1792 et avoir expérimenté divers gouvernements avec plus ou moins de bonheur, ils se sont entichés d'un Bonaparte dont ils ont fait un empereur.
  • Après la défaite de Waterloo et les cent jours, ils se sont laissés imposer la Restauration par le Congrès de Vienne mais c'est pour mieux se débarrasser de Charles X, lors des trois glorieuses au profit du roi citoyen : Louis-Philippe.
  • Après la Révolution de 1848, ils ont proclamé la Seconde République mais ils ont élu au suffrage universel un autre Bonaparte qui n'a demandé l'avis de personne pour se faire lui-même empereur.
  • Après la défaite de Sedan et la perte de l'Alsace et de la Lorraine, ils ont préparé le trône pour le Comte de Chambord. Une histoire de drapeau ou la perspective d'une revanche a permis à la Troisième République de s''installer durablement.
  • Après l'armistice du 22 juin 1940, ils donnent les pleins pouvoirs constituants au Maréchal Pétain qui a fait disparaître « République française » de tous les actes officiels et fait fondre un nombre important de statues parisiennes.
  • Après avoir chanté un Maréchal, ils sont libérés par un Général bien de chez nous, de Gaulle, mais avec deux ailes pour mieux voler au-dessus de la Qua­trième République. Le nid n'est pas encore prêt et « la traversée du désert », longue.
  • Après les événements qui ont éclaté en Algérie, ils rappellent, selon les termes du Président René Coty, « le plus illustre des français ». Ils le laissent installer la Cinquième République et exercer le pouvoir exécutif.
  • Après l'avoir élu « monarque républicain » une première fois par un collège de grands électeurs et en 1965 au suffrage universel, ils lui disent « non » au réfé­rendum de 1969.
  • Après le « règne » du général, ils se sont laissés bercer par le chant des sirènes de ses successeurs : depuis Georges Pompidou jusqu'à François Hollande.
Cette énumération ne constitue pas la preuve que les français ne savent pas ce qu'ils veulent : elle indique simplement que des courants de pensée, des mouvements d'opi­nions ou des partis politiques ont toujours décidé pour eux, ont orienté leur choix ou leur ont imposé leur point de vue. Or, ces temps sont révolus : ils en ont assez de ne s'exprimer que lors d'élection pour mieux se taire par la suite. Ils ne se taisent pas parce qu'ils n'ont plus rien à dire mais parce qu'ils ne sont plus écoutés. La Déclara­tion des Droits de l'Homme et du Citoyen, dès 1789, a consacré la Souveraineté de la Nation : le temps est arrivé pour elle d'exercer son droit.
Les élections présidentielles qui ont eu lieu en 2012 ont vu s'affronter, au deuxième tour, Nicolas Sarkozy qui a promis de donner la parole au peuple, et François Hol­lande dont le programme pouvait se résumer par ce slogan : « Le changement, c'est maintenant ». Le peuple, pour l'occasion, était au centre des préoccupations, comme lors de chaque échéance électorale. Les deux candidats du deuxième tour n'avaient pas l'exclusivité de cette initiative puisque, tant à gauche qu'à droite, extrêmes inclus, les orateurs le flattait. Le suffrage universel a désigné François Hollande comme Pré­sident de la République et depuis son investiture, le changement se fait attendre.
Les unes de la presse, les sondages et l'opinion publique ont montré que l'homme providentiel n'était pas encore au rendez-vous pour cette fois. Il est donc permis de se poser quelques-unes des questions suivantes : faut-il réellement attendre une telle ap­parition et dans quel but ? Est-ce un mythe, une chimère ou une possibilité ? Plus pré­cisément, faut-il réellement attendre cet homme providentiel qui est supposé tout ré­soudre tout seul ou ne serait-il pas préférable de proposer un projet d'organisation dé­mocratique différent qui permette à chacun de trouver les solutions aux problèmes que notre société traverse : une nouvelle constitution qui rende la pleine souveraineté à la Nation qui en est le dépositaire légal depuis la Révolution Française.
Qui peut proposer de rectifier les institutions actuelles pour l'établissement d'une société véritablement démocratique, ce qu'on appelle simplement la République : en théorie, tous les citoyens. Mais les politiques ne les écouteront pas : ils n'ont pas l'habi­tude de changer ce qui leur profite ou les arrange et, si certains d'entre eux en parlent, c'est tout simplement par soif de pouvoir parce qu'ils ne l'exercent pas. Seule une personnalité capable de comprendre la France dans son entièreté pourra proposer quelque chose de réellement différent, de populaire, dans son sens premier : la garan­tie d'un « gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple ». Il n'y a pas des centaines de candidats, je n'en vois que trois : la République leur a reproché autrefois d'avoir régné sur la France. Or, malgré quelques reportages ponctuels, bien peu de personnes connaissent leur existence.
La France d'aujourd'hui.
« Je suis un monarchiste, la République n'est pas le régime qu'il faut à la France. »
Charles de Gaulle.
Lorsque des élections ont lieu dans notre pays, les journalistes, par le biais des jour­naux télévisés, ne se focalisent que sur quelques données statistiques dont la princi­pale est le taux d’abstention. A l'instar du nombre de voitures brûlées dans les ban­lieues au nouvel an, la diffusion du nombre d'électeurs qui ne se déplacent pas pour voter semble être une invitation, voire une incitation à faire mieux que lors des der­niers scrutins. S'abstenir de voter a un avantage et un inconvénient : si cela facilite grandement le travail des statisticiens et permet d'établir des prévisions plus sûres sur l'issue du scrutin, la victoire des candidats élus ne repose que sur un pourcentage réel dérisoire et ne reflète pas la réalité.
Si les médias ont pris pour habitude de gloser à l'infini sur l'abstention, son taux et ses causes, sans jamais évoquer les conséquences sur la légitimité de la conduite de la politique menée par les élus, ils oublient systématiquement de parler de ceux qui pourraient voter mais qui sont absents des listes électorales tout simplement parce qu'ils n'ont pas fait la démarche de s'y inscrire. Dans les années 1980, on considérait qu'environ 10 % de la population en âge de voter était absente des listes électorales. À en croire les estimations officielles, leur part s’élevait, en 2000, à 15 %. Ainsi, pour les élections municipales de 2001, la participation officielle (par rapport aux inscrits) s'élevait à 67,2 % mais la participation effective, par rapport aux électeurs potentiels, à environ 57 %.
« Voter est un droit, c'est aussi un devoir civique ». Pourquoi les électeurs potentiels ne se déplacent-ils pas pour s'inscrire sur les listes ou pour voter ? Je ne ferai pas le catalogue de toutes les raisons, je ne retiendrai que les plus caractéristiques :
  • J'ai un collègue de travail, syndiqué et actif, toujours sur le qui-vive pour dé­fendre les droits de salariés. Pourtant, il n'est pas inscrit sur les listes électo­rales et ne vote pas parce qu'il ne se sent pas concerné.
  • Je suis technicien réseau à la Poste. Je suis amené à me déplacer dans tous les bureaux du département de Seine-Maritime. Je rencontre des facteurs, des gui­chetiers et des conseillers financiers avec lesquels, fatalement, j'échange quelques points de vue. Ceux qui, par hasard, avouent ne pas voter, se justifie par cette phrase : « Ça ne sert à rien, les choses ne changent jamais ! »
  • Un autre de mes collègues a démissionné de sa fonction de conseiller municipal de Duclair, ville où il réside, parce que le maire avait organisé une consultation publique et que la décision qu'il avait prise après le vote allait à l'encontre de ce qu'avaient choisi les électeurs.
  • Lors de mes déplacements professionnels, j'ai également entendu des phrases comme celle-ci : « J'avais voté à droite la dernière fois, j'ai voté à gauche cette fois-ci mais rien ne bouge ! Ils font leur cuisine dans leur coin et ne s'occupent pas de nous ! »
  • Je n'oublierai pas de relever le trait le plus caractéristique de cet abandon pour le vote : le manque d'écoute de la part des élus et du gouvernement. Une phrase de Nicolas Sarkozy, prononcée le 6 juillet 2008 au siège de l'UMP, en donne une preuve : « Désormais, quand il y a une grève, plus personne ne s'en aperçoit. »
La Constitution de la Cinquième République a fait de la France une démocratie re­présentative. Les élus sont les représentants de la Nation toute entière, ce qui ex­plique, de façon un peu hypocrite, les parachutages lors des élections législatives et le choix de certains candidats pour les circonscriptions où ils sont assurés de gagner.
  • Jack Lang : il est conseiller de Paris de 1983 à 1989, député du Loir-et-Cher entre 1986 et 2000 puis du Pas-de-Calais de 2002 à 2012, suite à sa défaite aux municipales à Blois. Battu lors des élections législatives de 2012 dans la deuxième circonscription des Vosges, il devient président de l'Institut du monde arabe l'année suivante.
  • Élisabeth Guigou, parachutée dans la Seine-Saint-Denis un an après sa défaite aux municipales à Avignon
  • François Fillon, parachuté à Paris pour les élections législatives françaises de 2012 alors qu'il était élu dans la Sarthe.
  • Gilbert Collard, parachuté dans le Gard alors qu'il s'était présenté aux munici­pales de 2001 et 2008 à Vichy.
  • Marion Maréchal-Le Pen, parachutée dans le Vaucluse après s'être présentée aux municipales de 2008 à Saint-Cloud et aux régionales de 2010 en Île-de-France.
Si les députés, qui votent les lois, sont les élus de la Nation qu'ils représentent, les Citoyens, qui les élisent, leur font de moins en moins confiance. Ce ne sont pas les der­niers scandales dont la presse s'est faite l'écho qui vont arranger les choses, c'est le moins que l'on puisse dire.
« Jérôme Cahuzac est ministre délégué au Budget lors du déclenchement de l’affaire, en décembre 2012. Accusé par le site d'informations Mediapart d'avoir possédé des fonds non déclarés sur un compte en Suisse, puis à Singapour, Jé­rôme Cahuzac clame à plusieurs reprises son innocence, y compris devant les dé­putés à l'Assemblée nationale. Le jour de l'ouverture d'une information judi­ciaire, le 19 mars 2013, il démissionne du gouvernement puis finit par recon­naître les faits le 2 avril 2013 devant les juges d'instruction. Il est alors mis en examen pour blanchiment d'argent provenant de fraude fiscale. »
« L'affaire Woerth-Bettencourt est déclenchée par la publication, par le journal en ligne Mediapart, le 16 juin 20101, d'enregistrements réalisés clandestinement en 2009 et 2010 par Pascal Bonnefoy, le majordome de Liliane Bettencourt, l'une des trois premières fortunes de France, au domicile de cette dernière. Liliane Bet­tencourt est soupçonnée de fraude fiscale, les écoutes téléphoniques pirates laissent penser qu'elle est propriétaire de l'île d'Arros (Seychelles) et de comptes bancaires à l'étranger, sans les avoir déclarés au fisc.
Florence Woerth, épouse d'Éric Woerth, a été une employée de Clymène, filiale de Téthys, sociétés gérant respectivement la fortune de Liliane Bettencourt et les titres du groupe L'Oréal, tandis que Éric Woerth a cumulé, entre mai 2007 et mars 2010, le poste de ministre du Budget et la fonction de trésorier de l'UMP. L'ex-comptable de Liliane Bettencourt, entendue par les enquêteurs, évoque l'existence d'un possible financement illégal de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. »
La France n'est pas une République.
Officiellement :
« La France est une république constitutionnelle parlementaire à influence pré­sidentielle. Concrètement, cela signifie que le pouvoir exécutif est partagé entre le Président et son Premier ministre. On parle ainsi de régime semi-présidentiel. C'est un modèle de régime républicain typiquement français car très rare dans le monde. »
Or, contrairement à ce que la plupart des français croit, la France est tout ce qu'on veut sauf une république. Après avoir expérimenté un parlementarisme excessif qui faisait tomber les gouvernements en une semaine, la quatrième république a appelé un vieux général à la rescousse pour l'enterrer et imaginer un régime stable qui puisse faire face aux problèmes qui se posaient alors. La Constitution de la Cinquième Répu­blique a été adoptée en 1958 et, après bien des révisions et autres modernisations, elle est toujours d'actualité. Soumettre l'élection du Président au suffrage universel a été un tournant décisif et nécessaire mais les années ont passé et ce point de vue a trans­formé la République en une monarchie républicaine où, comme l'avait précisé un jour­naliste du journal L'express, « les français guillotinent symboliquement le roi tous les sept ans. »
Alors que le texte de la Constitution prévoit que « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement ré­gulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État », la réalité est différente. Le Président de la République se comporte en monarque, dans le sens premier du terme. Il dispose de bien plus de pouvoirs que n'en avait Louis XIV, pourtant considéré par les manuels scolaires comme l'exemple du souverain absolu, et c'est lui qui gou­verne la France. Il est également supposé être au-dessus des partis mais il a été élu avec les moyens d'un parti, comment pourrait-il, comme ils l'ont tous prétendu après les résultats du second tour, être « le Président de tous les français » ?
Le Premier Ministre :
« Cette fonction, créée en janvier 1959, succède à celle de président du Conseil des ministres, occupée par tous les chefs de gouvernements sous les IIIe et IVe Ré­publique, avec des pouvoirs différents. Le Premier ministre de la Ve République, nommé par le président de la République, est issu du parti politique ayant obte­nu la majorité des élus à l'assemblée nationale. Il peut, par conséquent, ainsi que son gouvernement, être du même groupe politique que le Président, ou appartenir à son opposition, ce qui met dans ce cas le pouvoir exécutif en situation de coha­bitation. »
Je noterai au passage que le titre de Premier Ministre n'avait plus été porté depuis la fin de l'ancien régime.
« De Sully (1589) à Turgot (1789), l'expression était utilisée pour désigner le ministre principal du roi. Entre 1815 et 1959, la désignation traditionnelle du chef de gouvernement était « Président du Conseil ». L'existence d'un chef de gou­vernement, lien entre le chef de l'État et le Parlement, est le fait même des ré­gimes parlementaires. La fonction de président du Conseil connut encore une grande importance sous le règne de Louis-Philippe durant lequel François Gui­zot occupa de fait le poste pendant près de huit années consécutives mais ne prit le titre qu'en 1847. Disparue avec le régime présidentiel de la IIe République dès 1849, la fonction renaît à nouveau en 1871 d'abord sous la forme d'un vice-pré­sident du Conseil. Après le vote des lois constitutionnelles établissant la Troi­sième République, la fonction retrouve son titre originel en 1876 mais, comme dans les régimes précédents, demeure absente de la constitution. Enfin, en 1946, elle est officialisée avec l'avènement de la Quatrième République pour dispa­raître en 1959. »
Le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Il est constitué de l'ensemble des ministres et c'est le Président de la République lui-même qui préside le Conseil des Ministres, non le premier d'entre eux comme le voudrait la logique. Pour ce qui concerne la cohabitation, depuis que le mandat présidentiel est passé de 7 à 5 ans, il coïncide avec la durée de la législature : une telle occurrence ne se produira donc plus.
Le parlement est composé de l'Assemblée Nationale et du Sénat mais ce sont les dé­putés qui ont le dernier mot. Les législatives suivent de peu les élections présiden­tielles ce qui lui donnent une majorité pour gouverner. En conclusion, pendant cinq ans, le Président de la République, son gouvernement et l'Assemblée Nationale sont aux mains d'un même parti. Et le peuple, dans tout cela, que fait-il ? Quel rôle jouet-t-il ? Aucun. Il se contente de voter puis il manifeste, généralement pour rien.
Pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, la gauche socialiste a reproché l'hégémo­nie de l'UMP sur les institutions. Depuis la victoire de François Hollande, les rôles ont été inversés et c'est désormais la droite qui dénonce à la gauche socialiste son hégémo­nie. Les extrêmes, de gauche comme de droite, ont conservé leurs habitudes de surfer sur cette vague populiste qui parle au Peuple pour mieux l'ignorer par la suite.
Une démocratie dans laquelle le peuple se contente de voter et est condamné à subir la politique sans possibilité de l'amender n'est pas démocratique.
Une république dans laquelle les élus représentent les intérêts de leur parti plutôt que la Nation n'a rien de républicain.
Un régime qui se dote d'une constitution dont les dispositions ne sont même pas res­pectées telles qu'elles sont inscrites, n'est pas crédible.
Les articles dénonçant la Monarchie Républicaine Française et les références à cet ancien régime que l'école de la République nous avaient appris à détester, à tort, ne manquent pas. Il est temps que les choses changent. C'est pourquoi j'ai développé le concept d'une Royauté Républicaine qui repose sur le plein exercice de la Souveraineté par la Nation.
Que venez-vous faire dans cette histoire ?
« Cependant, c'est avant tout avec le peuple lui-même que celui qui en est le mandataire et le guide se tient en contact direct... En somme, le Pré­sident de la République, désigné par la majorité nationale, est désormais comme la clé de voûte qui couvre et soude l'édifice de nos institutions. »
Charles de Gaulle, Conférence de presse, Paris, 9 septembre 1965.
Je suis républicain et très attaché aux acquis de la Révolution, celle de 1789, de la Déclaration des Droits de l'Homme, de l'abolition des privilèges et de la souveraineté de la Nation. Mais la république à laquelle j'aspire reste à construire. Pour diffuser mes idées, j'ai fondé le Mouvement Royauté Républicaine et j'ai proposé ma candida­ture à la présidence de la République. Je n'ai malheureusement pas recueilli les 500 parrainages, ce qui n'était pas surprenant, mes certaines de mes idées ont été reprises dans la campagne de quelques uns des candidats. Vous trouverez en annexe le mani­feste qui a été envoyé aux élus et qui a été mis en ligne sur mes sites internet.
Vous verrez que ma conception de la Présidence de la République est particulière et que la fonction pourrait être confiée, pour un mandat dont la durée serait fixée à l'avance, à l'un des descendants des familles ayant régné sur la France. Mais à qui ? Selon wikipédia, les trois « prétendants » sont :
  • À compter de la mort de son grand-père, survenue le 3 mai 1997, le prince Jean-Christophe devient « prince Napoléon » et chef de la famille impériale de France ; à partir de cette date, il est également considéré par les bonapartistes dynas­tiques, minoritaires, comme empereur des Français de jure sous le nom de « Na­poléon VII », successeur légitime de Napoléon Ier (son arrière-arrière-arrière-grand-oncle) et de Napoléon III.
  • Louis Alphonse Gonzalve Victor Emmanuel Marc de Bourbon, né à Madrid le 25 avril 1974 est connu, à la suite de son père et de son grand-père, sous le titre de « duc d’Anjou », porté par leur ancêtre Philippe de France (1683-1746), petit-fils du roi Louis XIV, avant de devenir roi d’Espagne. Il est de nationalité espagnole et française. Depuis le 30 janvier 1989, il est le chef de la branche aînée de la maison de Bourbon et est considéré par ses partisans, les légitimistes, comme l’héritier de la Couronne de France sous le nom de « Louis XX ».
  • Henri Philippe Pierre Marie d’Orléans, « comte de Paris », est né le 14 juin 1933 au manoir d’Anjou, à Woluwe-Saint-Pierre (Belgique). Prétendant orléaniste au trône de France depuis le 19 juin 1999, il porte les titres de « comte de Paris » et « duc de France ». Il est, depuis la mort de son père, le « chef de la maison de France », de par sa position d’aîné des descendants en primogéniture mâle de Philippe de France (fils de France, frère de Louis XIV, duc d’Anjou puis d’Or­léans, père du Régent).
Dans ces périodes de trouble, il faut un personnage qui sache incarner la France, celle d'hier, celle d'aujourd'hui et celle de demain. Une personnalité indépendante des partis politiques capable de proposer de nouvelles institutions plus justes et plus dé­mocratiques où la Nation n'est pas laissée de côté.
L'histoire, depuis 1789, a montré que les français veulent bien d'un roi mais qu'ils ne veulent pas être obligés de le garder. Cette remarque est également valable pour les monarques de la Cinquième République. D'où la nécessité d'un mandat à durée dé­finie à l'avance.
La perte de confiance envers la classe politique, les derniers scandales politiques et financiers, ainsi que les soubresauts de la crise, à cause de la lassitude des français, risquent de profiter à des partis qualifiés de populistes qui amèneraient le chaos plu­tôt que l'ordre dont ils se réclament. C'est pour cette raison que je m'adresse à vous pour vous soumettre mon projet de « Démocratie avec implication du citoyen » : aussi étrange que cela puisse paraître, vous pourriez sauver la République. Encore faudrait-il que vous vous manifestiez.
Comme vous l'avez dit vous-même : « vous mettez un point d'honneur et toute la force dont vous êtes capable pour assumer la tradition et le sens du devoir dont vous avez hérité historiquement. » Si vous voulez aider la France et les français, citoyens de cette Nation riche d'une histoire millénaire, le moment est venu. Et comme je l'ai dit sur mon site « La Nation Souveraine » : « Le changement, c'est maintenant ! Après, c'est trop tard ! »
Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'assurance de ma respectueuse considération.
A Saint-Wandrille, le 21 avril 2013.
Pascal Dequéant