mardi 22 janvier 2013

Des nouvelles de la Poste et de la DSEM.

Ça se passe comme ça à la Poste.
« La Poste est issue des relais de poste créés par Louis XI en 1477 pour le transport des messages royaux et surtout des offices de messagers royaux créés en 1576 qui étaient autorisés à transporter le courrier des particuliers. »
« C'est du début du XVIIe siècle que date l'origine de l'administration des postes en France, avec la création de la « poste aux lettres », dirigée par le surintendant général des postes. À l'époque le port était payé par le destinataire. »
Aujourd'hui, malgré un âge plus que vénérable, la Poste se veut toujours dynamique et à la pointe du progrès, prête à affronter les défis technologiques et financiers. Or, il est des épreuves que l'on ne surmonte qu'ensemble et en bonne intelligence.
Pour faire comme tout le monde.
La Poste est une vieille dame qui pense être atteinte de toutes les maladies incurables du moment. Pour guérir, elle consulte de nombreux spécialistes (cabinets d'audits), s'informe auprès de sa meilleure amie France Télécom, qu'elle copie sans réfléchir quitte à reproduire les mêmes erreurs avec les mêmes effets : les suicides. Elle croit pouvoir embobiner son monde avec des remèdes qui ont mené ses vieilles connaissances à la privatisation plutôt qu'à la guérison et n'a pas hésité une seconde à se débarrasser de son antique statut d'Administration de l'Etat et à jeter aux orties le Service Public qu'elle incarnait pour n'en garder que quatre missions dont on se demande si elles demeurent encore au centre de ses préoccupations.
« Le Groupe La Poste remplit 4 missions de service public : le service universel du courrier et colis, l’accessibilité bancaire, la contribution à l’aménagement du territoire et la distribution de la presse. »
La Poste est une vieille dame autoritaire qui s'est fixé des objectifs européens alors que sur le territoire national le J+1 relève plus de la science fiction que de la donnée statistique réaliste. (Pour rappel, le J+1 est le nom que l'on donne à tout objet expédié qui arrive le lendemain!)
« Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas. »
(Napoléon Bonaparte)
Une affaire de Code.
La Poste est une vieille dame : elle suit sa propre logique et semble parfois s'y perdre. Le Code des Postes et Communications Electroniques prévoit pourtant :
« La Poste est le prestataire du service universel postal pour une durée de quinze ans à compter du 1er janvier 2011. »
« Le service universel postal concourt à la cohésion sociale et au développement équilibré du territoire. Il est assuré dans le respect des principes d'égalité, de continuité et d'adaptabilité en recherchant la meilleure efficacité économique et sociale. Il garantit à tous les usagers, de manière permanente et sur l'ensemble du territoire national, des services postaux répondant à des normes de qualité déterminées. »
« Les points de contact avec le public donnant accès aux prestations de service universel autres que les envois en nombre et à l’information sur ces prestations doivent permettre qu’au moins 99 % de la population nationale et au moins 95 % de la population de chaque département soit à moins de 10 kilomètres d’un point de contact et que toutes les communes de plus de dix milles habitants disposent d’au moins un point de contact par tranche de vingt milles habitants. »
« La confiance donne de l'avance », dit l'actuel slogan du Groupe la Poste. La réciproque, par contre, est discutable.
Une histoire de statut.
« Il m'est arrivé de prêter l'oreille à un sourd. Il n'entendait pas mieux. »
(Raymond Devos)
La Poste est une vieille dame mais cela ne l'empêche pas d'avoir des idées généreuses comme les étrennes : c'est dans une enveloppe, on ne sait pas ce qu'elle contient et si cela ne convient pas, il faut attendre un an avec l'espoir que cela sera mieux ou, du moins, répété. La Poste s'est lancée dans une vaste opération qu'elle a appelé « le grand dialogue ». On a beaucoup parlé, on a écouté et on a pris de bonnes résolutions accompagnées de quelques mesurettes pour calmer le jeu. Les bonnes résolutions, c'est comme les étrennes : on peut les réitérer tous les ans avec la même conviction et ne jamais s'y tenir. Communiquer avec tapage sur des promesses est bien plus économique que de convaincre avec des faits concrets.
« Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes [sociales de la Résistance] alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Sinon parce que le pouvoir de l'argent, tellement combattu par la Résistance, n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat. Les banques désormais privatisées se montrent d'abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l'intérêt général. »
(Stéphane Hessel - né en 1917 - Indignez-vous ! - 2010, page 11)
Le changement de statut de la Poste était tellement mal perçu par les usagers et le personnel que les politiques ont cru indispensable, pour faire avaler leur couleuvre, de noyer cette transformation sous des tombereaux de garanties qui ne résisteront pas longtemps aux lois dites du marché. La Poste est une vieille dame qui oublie que sa vieille complice des télécommunications en a déjà payé les pots cassés.
Pour satisfaire la nouvelle divinité devant laquelle tout un chacun doit désormais se courber et que l'on nomme Rentabilité, une des nombreuses idoles du panthéon bancaire et financier occidental et moderne, la Poste, comme nombre de sociétés qui génèrent du chiffre, s'est mise aux goûts du jour. Comme il ne se passe pas une journée sans qu'un spécialiste nous boursoufle le cortex avec le coût du travail, La Poste, en bonne vieille dame soucieuse de préserver son avenir, s'est mise à dégraisser le mammouth (pour reprendre l'expression d'un ancien ministre). Si bien que dans bon nombre d'établissements postaux, les guichetiers disparaissent au profit (sans jeu de mot) des automates et autres machines mais les files d'attente sont toujours là.
Présente sans être là.
Pour assurer une présence postale là où la rentabilité n'était plus au rendez-vous, la Poste a inventé deux options : l'agence postale communale et le relais poste.
  • Le relais poste présente un avantage : cela ressemble à la Poste mais ce n'est pas la Poste et, surtout, le commerçant, même s'il peut vendre des produits postaux, n'est pas un postier.
  • Le relais poste permet d'assurer une présence postale là où il n'y en avait pas du tout avant sans que cela nécessite la présence d'un agent à plein temps.
  • Le cas de l'Agence Postale est un peu plus tordu. On croirait un bureau de poste, avec les mêmes produits, les mêmes matériels et les mêmes services (ou presque) sauf que l'agent est un employé communal payé par vos impôts, ce qui n'est pas le cas du postier.
  • Là où le bât blesse, c'est que l'Agence Postale Communale remplace généralement un bureau de Poste de plein exercice (avec un ou des postiers) dont on aura modifié subtilement les horaires d'ouverture au public pour démontrer une perte de rentabilité fabriquée de toute pièce.
La Poste est peut-être une vieille dame : elle a su se plier aux méthodes de gestion qui consistent à suivre les chiffres au lieu de l'intérêt général.
La Poste, un Groupe et des métiers.
L'époque de la Poste de grand-papa est bel et bien révolue : tout le monde en est conscient. Que le Groupe la Poste veuille se recentrer sur d'autres activités (accessoirement basée sur ses quatre missions de Service Public), qu'elle se tourne vers les nouvelles technologies et qu'elle se lance dans de vastes projets cela prouvera au moins son dynamisme. Malheureusement, les méthodes utilisées pour affronter l'avenir sont plus que discutables. Un cadre supérieur, lors d'une de ces réunions d'auto-satisfaction dont les hautes sphères ont le secret, s'était exclamé : « Le monde de l'entreprise n'est pas démocratique ! » Il semblait s'en accommoder, mieux : s'en réjouir. Prendre en considération les avis de ses collaborateurs ne le dépouillerait pas de son pouvoir mais permettrait à tous de progresser.
Si la Poste est une vieille dame, ce n'est pas le cas de toutes ses filiales, filières et autres directions à compétence nationale. La vénérable administration que, selon Jean Gabin dans un film dont les dialogues étaient signé de Michel Audiard « le monde entier nous envie » a cru pouvoir rajeunir en se coupant en morceaux, c'est à dire en métiers. Le public connaît la Banque Postale, le Courrier et le Colis, même s'il ne sait pas les différencier véritablement à l'intérieur d'un bureau de poste, mais ce ne sont pas les seuls. Si la vieille dame est allée jusqu'à séparer les guichetiers des facteurs par des portes blindées, elle a rassemblé tout ce qui était technique dans ce qu'on pourrait appeler un Cloud où les différentes directions, pourtant à compétence nationale, se crêpent joyeusement le chignon.
Ça se passe aussi comme ça, à la D.S.E.M.
Au départ, il y a plus de dix ans, le technique n'était pas un métier de la Poste. C'est ce qu'avaient affirmé les hiérarques de l'époque qui n'en avaient pas moins créé la DSEM pour rassembler les services départementaux et leur donner une structure unique et prétendument homogène. Une décennie plus tard, même si nombre de problèmes ont été réglés (et de façon magistrale, il faut le reconnaître) des disparités flagrantes subsistent.
Le dernier remix en date n'a pas été signé David Guetta mais porte le nom de « Projet Performance Opérationnelle » (ce qui ne veut rien dire de particulier) et n'est toujours pas abouti. Il consistait, entre autres choses, à regrouper les départements en territoires avec une subtilité toute française : tandis que le territoire se voyait coiffé d'un ronflant directeur aux responsabilités accrues, les personnels restaient affectés à leurs départements d'origine. En résumé, une sorte d'embrouille légalement floue dans laquelle il faut quand même réussir à travailler en restant dans des règles que tout le monde se plaît à piétiner, ou ignorer, selon le sens du vent.
Dans l'espoir de contourner les énigmes réglementaires (qu'il n'est pas question de résoudre honnêtement, ce serait trop facile, mais plus onéreux – et la Poste n'a pas de sous à consacrer à de telles peccadilles) les cadres bluffent.
Depuis quelques mois, malgré les réticences des personnels techniques impliqués, on mélange tout. Les notions de résidence administrative, d'ordre de mission, de fiche d'intervention et tout ce qui relève de la paperasserie, pourtant clairement définies dans les textes officiels aisément consultables, se mettent à dériver au gré de la fantaisie des hiérarques. On est capable de mentir, avec effronterie, en tapant sur la table pour marquer sa supériorité, ou même d'affirmer, sans rire, que les règles de la Poste sont supérieures à la Loi pour le peu que vous leur mettiez le texte sous le nez.
C'est comme ça qu'on appréhende le grand dialogue, à la DSEM : à coup de gourdin.
« Oui, Monsieur ! Le technicien est doté d'intelligence et est capable d'avoir des idées ! Si vous espériez manager des singes, il fallait postuler au zoo de Vincennes ! »
Les personnels sont rarement consultés lors des restructurations et cela n'a rien d'étonnant : elles s'accompagnent généralement de baisse des effectifs. Convier les subalternes à ces groupes de travail risquerait d'éclaircir les rangs des décideurs et autres managers plus jaloux de leur poste que de leurs réelles compétences au profit d'une amélioration des conditions de travail (et donc des résultats) dont ils n'auraient plus l'initiative. Quand on a pris l'habitude de croire que les idées ne viennent que d'en haut, on a du mal à concevoir qu'il puisse en exister en bas.
Une nouvelle discipline de management postal : la gestion de la pagaille !
Une méthode efficace pour tout embrouiller dans la gestion des ressources humaines est de convertir les effectifs en grades, catégories, masse salariale. Bref, ne plus parler qu'avec des nombres et des chiffres. Si deux agents font un même travail avec un niveau de compétence équivalent, l'un pourra être d'un grade plus important que l'autre, ce qui permettra de retourner la situation et d'affecter une tâche à accomplir non plus à un agent parce qu'il saura s'en acquitter mais à un grade ou une fonction pour satisfaire une lubie passagère. Mieux encore, sous couvert de polyvalence, une notion comprise généralement de travers dans les services techniques, on pourra pousser les situations absurdes au delà des limites ordinaires : par exemple en retirant à un agent le travail qui lui permettrait de prétendre à une promotion de manière à rendre cette évolution de carrière impossible.
« Grâce à la polyvalence, on peut désormais faire des planning standardisés. Il suffit de découper le travail à accomplir dans une semaine en différentes cases et dans chacune d'elles vous flanquez au hasard : un horaire, un lieu où aller, un matériel à voir et un technicien. »
Reconnaissance, promotion, carrière et parcours professionnel.
La Poste ne sait pas reconnaître la valeur de ses agents. Coincée entre des restes de gestion de fonctionnaires vieillissants habitués à l'avancement de grade ou au concours interne, même s'ils étaient plus ou moins truqués, et les nouvelles procédures en usage dans les autres entreprises, dont les règles peuvent être tout aussi subjectives, la Poste en général et la DSEM en particulier, finit par adopter la technique du « je fais ce que je veux comme je l'entends ! »
Lors de la visite du Directeur de la DSEM à l'agence de Rouen, à un technicien qui avait osé parlé d'évolution de carrière, il avait été répondu que la seule façon de l'envisager était de prendre sa valise et de voir ailleurs si cela était possible.
Pour remplacer un départ, en interne, la technique consiste à mettre sur le poste un agent quelconque qui fera le travail pendant quelques mois puis à organiser un simulacre d'entretien avec un ensemble de candidats qui seront tous, au final, refusés.
C'est vrai que ça encourage à faire sa valise !
Privatisation : entrez, la porte est grande ouverte !
Nombreux sont les postiers qui pensent que le changement de statut de la Poste, qui s'est fait contre leur gré, amènerait l'ouverture du capital à des investisseurs privés, dans un premier temps, puis à une privatisation (partielle ou totale) dans un second temps. Or, dans le domaine technique (et informatique), le privé a déjà pris ses marques grâce à la sous-traitance.
Prenons le cas d'un chantier de modernisation d'un bureau de Poste tel qu'on peut en observer un peu partout sur le territoire depuis quelques années. Tout ce qui est gros œuvre, maçonnerie et menuiserie ; le câblage électrique, téléphonique et réseau ; la sécurité et la supervision des travaux a déjà été délégué à des entreprises privées.
Lorsque vous entendez un cadre supérieur dire à une équipe de techniciens qu'il préfère faire tirer des câbles à des ouvriers extérieurs pour permettre à ses collaborateurs de s'investir dans des tâches plus techniques, tâches qui s'avèrent être en fin de compte du transport de matériels et le déballage de cartons, vous êtes en droit de vous demander si quelque chose ne vous aurait pas échappé. Ce quelque chose, ce n'est rien de grave : juste votre travail.
Quel avenir pour la DSEM ?
En dix années d'existence, les effectifs de la DSEM ont été diminués de la moitié. (Ceux de la Poste de 300000 en 1990 sont arrivés à 181000 en 2010).
Contrairement aux souhaits de certains syndicats, l'époque des recrutements de masse est révolue. Quel serait l'intérêt d'embaucher du personnel si le travail a déjà été externalisé ? La Poste a à sa disposition des équipes efficaces et compétentes : elle gagnerait bien plus à les motiver qu'à les dégoûter comme elle le fait en ce moment.

dimanche 23 décembre 2012

Une Agence de Notation Démocratique, et pourquoi pas...

Il est étonnant de constater que le terme de démocratie, tout comme le concept, a été inventé en Grèce, certes il y plus de 25 siècles, un pays qui est, aujourd'hui, au bord du gouffre. Plus étonnant encore, ce sont les États-Unis qui se font les champions de cette démocratie qu'ils déversent aux quatre coins de notre planisphère avec les déboires, les résultats et les dénouements que tout le monde connaît. Finalement, il ne se passe pas une journée, que dis-je, une heure, sans que le mot démocratie ne soit prononcé par un prétendu spécialiste qui préfère en parler plutôt que d'essayer de l'appliquer. D'ailleurs, en insistant lourdement, il finira par admettre que ça n'existe pas sauf, peut-être, dans quelques cantons reculés de la Suisse, le pays des coffre-forts, comme par hasard. Si la finance et la démocratie ne font pas toujours bon ménage, l'une et l'autre, séparément ou consécutivement, servent souvent de détergent pour les peuples qu'on décrasse.
Pour qu'une démocratie fonctionne réellement, il faut que tous les citoyens soient investis dans le pouvoir et la gouvernance de leur pays. Si chacun se désintéresse et finit par ne plus exercer ses droits et ses devoirs, tout le pouvoir revient au gouvernement et ce n'est plus le peuple. Il faut donc que chaque personne soit intégrée dans les appareils étatiques, de décision. Cela suppose d'une part que les institutions laissent un pouvoir d'action aux citoyens mais aussi que les citoyens ne se désinvestissent pas de la vie politique.
Des élections ne suffisent pas à faire d'un état, quel qu'il soit, une démocratie. Si entre chaque scrutin, les électeurs n'ont plus la possibilité de s'exprimer sous le fallacieux prétexte qu'ils ont voté et choisi leurs représentants, il est permis de douter de la réalité de la démocratie. Et je ne parle pas de république.
Le cas de la France a cela d'intéressant qu'elle se dit républicaine et démocratique alors que de sérieux indices laisseraient à penser qu'il n'en est rien. Certes il y a des élections, que les politiques appellent des consultations populaires, sans doute pour se donner bonne conscience, mais une fois les élus installés il n'y a plus de place pour le dialogue.
La Cinquième République n'est jamais qu'une Restauration déguisée. Le Général de Gaulle, qui entretenait des relations suivies avec le Comte de Paris, s'était d'ailleurs exprimé clairement, mais en privé, en disant « C'est un roi qu'il faut à la France ! ». Notre pays, contrairement à ce que tout le monde croit, est une monarchie quinquennale. Après les cinq années du règne de Nicolas Sarkozy, avec un gouvernement et un parlement UMP totalement dévoués, celui de François Hollande s'est installé avec les mêmes caractéristiques.
Depuis quelques années, les agences de notation financières, qui existent depuis bien longtemps, pèsent de tout leur poids sur la vie des états, au risque de les faire capoter. Puisque certaines de ces agences sont américaines, qu'elles ne travaillent pas gratuitement pour dégrader les états et qu'elles attribuent ou retirent, selon leur humeur, des triples A (ou des AAA), j'ai décidé de réfléchir à une agence de notation qui s'occuperait de la démocratie. J'ai donc rédigé le plan d'une ébauche de protocole que vous trouverez sur une page séparée de ce blog.
L'ensemble des thèmes abordés dans cette ébauche de protocole peut aider à l'élaboration d'une grille d'évaluation selon des critères qui resteront malgré tout subjectifs. L'utilisation de grilles telle que celle reproduite en annexe pourra donner une idée sur les applications pratiques de la démocratie. Une chose est certaine : aucun pays ne saurait prétendre à un triple A, qui correspondrait, dans l'idéal, à une démocratie directe dans laquelle la population tout entière s'occuperait de tout elle-même.
Vouloir imposer la démocratie (dans sa vision occidentale) à toutes les régions du globe est sans doute une grossière erreur : l'occident, vingt-cinq siècles après l'invention du concept, n'en applique qu'une partie ridicule (les élections), d'autres peuples ne sauront pas faire ce parcours sur ordre des armées américaines.
Dans une période où il faut raisonner européen, la démocratie risque de s'effacer au profit (dans tous les sens du terme) des groupes financiers et industriels.
Il revient aux citoyens de veiller à ce que pareille chose ne se produise pas.

mardi 18 décembre 2012

Les agences de notation, mode d'emploi.

Ces articles sont parus dans le Figaro du mois d'octobre 2011 (voir références à la fin de chaque article)
Comment Moody's évalue le «AAA» de la France 
En mettant sous surveillance la perspective du «AAA» de la France, l'agence de notation a promis de prendre position d'ici trois mois. Explication sur une méthodologie si souvent contestée.
En mettant sous surveillance la perspective du AAA de la France, l'agence de notation Moody's a promis de prendre position d'ici trois mois. Depuis, le gouvernement, les marchés, l'opinion publique sont suspendus à cette décision cruciale. Elle sera prise à l'issue d'un processus en trois grandes étapes, un peu plus compliqué que l'élaboration du guide Michelin : entre la couronne du «AAA» et triple bonnet d'âne du «C», il y a bien une vingtaine de gradations subtiles, destinées à mesurer le risque de défaut d'un État.
1- Deux analystes supervisent la collecte d'informations 
Moody's dispose de sept bureaux en Europe, dont un à Paris, boulevard Haussmann, où Jean-Luc Mélenchon a déposé ses paniers d'«andouillettes AAAAA» le mois dernier. Selon nos sources (Moody's se refuse à divulguer ce type de détails), deux analystes - un «lead» et un «back-up» dans le jargon - sont chargés de la France, supervisés par un responsable régional de la dette souveraine européenne et un responsable global. L'analyste numéro un pour la France est un Allemand francophone, basé à Francfort. «Ce sont des équipes expérimentées (15 ans en moyenne), multinationales car il est essentiel de pouvoir assurer la comparaison des notations entre les pays», souligne un proche de l'agence. Le rôle des analystes, dans un premier temps, est de collecter les informations brutes, auprès de l'agence France Trésor, chargée de la gestion de la dette, du ministère des Finances ou encore de la Banque de France. Ce travail est complété par des prévisions macroéconomique internes et une recherche de données plus spécifiques sur les banques ou le tissu économique en général.
2- Les données sont intégrées dans un modèle d'analyse maison 
Tous ces éléments sont ensuite moulinés dans un modèle d'analyse propre, que Moody's baptise sa «méthodologie». Ce texte fondateur est publié sur son site interne et s'applique à tous les pays. «Cette méthodologie très rigoureuse contrebalance le fait que le travail d'analyse est fait par un petit nombre de personnes», commente un expert. Cette grille d'analyse prend en compte des paramètres quantitatifs - de la structure de la dette aux statistiques économiques - mais aussi des critères qualitatifs, comme la marge de manœuvre politique d'un gouvernement.
3- Le comité d'une quinzaine de sages attribue la note 
En fonction de leurs conclusions, les analystes - ou les responsables du métier voire un haut gradé de l'agence - peuvent convoquer un comité de notation, seul habilité à dégrader (ou relever) une note. Ce comité d'une quinzaine de membres est à géométrie variable selon la situation. Il est organisé pour susciter un débat contradictoire. La décision se prend à la majorité, chaque membre bénéficiant d'une voix. Le choix de pointer la perspective de la France, le mois dernier, montre bien que ce comité marche sur des œufs compte tenu de l'implication désormais considérable de ses choix. Si le comité de notation décide de modifier son opinion, il prévient l'État concerné douze heures avant de publier un communiqué.
L'opération «andouillette» de Mélenchon chez Moody's
Le candidat du Front de gauche à la présidentielle a livré des «andouillettes AAAAA» aux employés de l'agence de notation.
Belle opération de communication pour Jean-Luc Mélenchon qui s'est rendu vendredi au siège parisien de l'agence de notation Moody's, boulevard Haussmann à Paris. Le candidat du Front de gauche, l'alliance de la gauche radicale, était accompagné d'une vingtaine de militants qui scandaient dans le hall de l'entreprise: «AAA, nous ne sommes pas des andouillettes!».
Des andouillettes ont d'ailleurs été offertes à des employés de l'agence américaine qui a mis la note de la France sous surveillance pendant trois mois. Ces agences pour Jean-Luc Mélenchon sont «des bandes de vampires» qui «obligent des gouvernements serviles à se mettre à genoux devant eux». Avec cette action coup de poing, le député européen et co-président du Parti de gauche entend «faire peur» aux agences, «leur montrer que nous sommes en France, que nous avons la tête dure et que l'on n'égorge pas les gens impunément.»
Dans le hall commun à plusieurs entreprises ou une plaque en cuivre discrète indique l'agence de notation, un cadre, chargé de portefeuille, a commenté : «C'est facile pour les politiques de venir critiquer les agences qui ne sont que des reflets de la situation… » Jean-Luc Mélenchon promet d'autres initiatives de ce type pendant sa campagne.

samedi 1 décembre 2012

Du grand dialogue au grand mépris...

Des Nouvelles du Groupe La Poste...
Les quatre articles qui suivent ont été publiés dans un tract SUD en Novembre de cette année et a été diffusé dans les départements de l'Eure et de la Seine Maritime.
 Le mensonge, c'est maintenant !
Comment accorder le moindre crédit à une direction qui a massacré nos emplois et nos conditions de travail ces dernières années?
Certains pouvaient espérer que le rapport Kaspar améliorerait un peu les choses, mais les dernières illusions ont été vite balayées. Pire encore c'est sur un terrain qui expérimente la conduite du changement qu'un collègue guichetier a mis fin à ses jours. Ce désaveu est celui de trop et Jean Paul Bailly et toute son équipe doivent partir.
Le gouvernement aussi doit prendre ses responsabilités. Ceux qui s'affichaient au coté des organisations syndicales lors de la votation citoyenne et qui rejetaient le projet de privatisation font maintenant la sourde oreille et enterrent définitivement le projet de retour à un EPIC.
Ce même gouvernement premier actionnaire de la Poste ne doit plus rester aveugle aux signaux d'alarme arrivant de toutes parts. Les postiers n'ont jamais autant souffert et si un geste fort n'est pas fait les suicides continueront. Dès la parution du rapport Kaspar, SUD a appelé les autres organisations syndicales à une riposte et à la grève, malheureusement sans succès.
La base doit pousser à la mobilisation et garantir le succès d'une journée de grève massive en janvier pour dire non au travail qui détruit et fait souffrir. Il est temps que les responsables prennent la porte.
La Poste aime le sport mais pas les sportifs.
Trois jeunes contrats professionnels se souviendront de leur formation à la Plate-forme du Courrier (la PPDC) de Bois-Guillaume (Seine-Maritime). ils ont joué au ballon pendant leur temps de pause du midi (Ils étaient une dizaine) sur le parking de la PPDC. Où était leur formateur à ce moment, personne ne sait! Ces jeunes ont été sanctionnés avec une demande d'explication suivie d'un avertissement pour avoir joué au ballon, car ils ont pris le parking pour une cour de récréation. Ils ont oublié qu'ils étaient dans l'enceinte de la PPDC de Bois-Guillaume!
Les faits se sont déroulés en juillet. Suite à cet avertissement ils ont continué à exercer leur futur métier de facteur correctement jusqu'au 30 octobre. Certains n'ont pas eu leur diplôme mais les 3 jeunes qui ont réussi avec les félicitations de Promotrans (partenaire pour les formations professionnelles), ont été invités à aller voir ailleurs sous prétexte d'un comportement soit disant inadapté. Ils ont leur diplôme de magasinier en poche, mais ils ne pourront pas travailler à La Poste.
Dernière minute : la direction de la PPDC a organisé un tournoi de foot entre cadres et facteurs le 20 novembre. Ce tournoi a eu lieu non pas sur le parking de la PPDC, ce qui aurait été une mauvaise blague, mais dans une salle à Maromme (commune limitrophe).
Dépassements d'honoraires: à la santé des riches !
Le gouvernement voulait un accord à tout prix. Il a alors accordé tout ce qu'ils voulaient aux syndicats de médecins les plus corporatistes. Le beurre, l'argent du beurre et presque toute la crémerie. Désormais, les dépassements d'honoraires qui étaient déjà largement pratiqués par une partie des professions médicales sont officialisés et ne seront plus exceptionnels. Il est simplement « recommandé » de ne pas dépasser une fois et demie le tarif légal. Tous ceux qui hésitaient encore à augmenter leurs tarifs vont s'engouffrer dans la brèche. Et il y en a pour qui ça ne suffit pas: une minorité de toubibs pourris ont lancé une grève dont l'écho médiatique a été largement amplifié, alors qu'une contre pétition lancée par des médecins honnêtes, partisans de l'hôpital public et de l'égalité d'accès aux soins, a été étouffée par les grands médias.
Mais la grève n'a pas duré longtemps. Ces gens là perdent trop d'argent s'ils ne travaillent pas! Imaginons que des salariés exigent et obtiennent un salaire une fois et demi plus élevé ! On entendrait des hurlements de haine de la part des privilégiés de la société.
Qui va payer tout ça ? Les complémentaires et les mutuelles seront mises à contribution. Les assurances privées vont se ruer sur ce nouveau marché. Au final, ce sont les malades qui vont payer avec l'augmentation des cotisations.
Une autre politique serait pourtant possible. Rêvons un peu : que la Sécu rembourse à 100%, comme c'était le cas après la guerre jusqu'en 1967 ; que le patronat paye ses milliards d'arriérés de cotisations (et non de charges comme ils disent) ; que la médecine libérale soit abolie, le paiement à l'acte supprimé et que les médecins soient salariés, formés tout au long de leur carrière et installés en fonction des besoins de la population ; que les trusts pharmaceutiques soient nationalisés et la recherche médicale soit mise au service de la médecine et pas du profit.
Le goupillon et le timbre poste.
On connaissait bien l'union sacrée entre l'armée et l'église, moins entre la poste et l'église ... mais le directeur de la DAST NPDC n'avait pas pu trouver d'autre salle pour réunir le CSRH enseigne de Rouen que dans des locaux appartenant à l'archevêché!
Nous voici donc tous rassemblés pour écouter la bonne parole. Il y a urgence à nous convaincre du bien fondé du grand dialogue et des propositions locales qui en découlent. Effectivement, il faudrait convoquer toutes les puissances divines et encore pour que nous soyons persuadée que demain tout ira mieux :
  • Nous aurons un entretien d'appréciation intermédiaire (c'est vrai que le confessionnal régulièrement c'est mieux),
  • Nous irons vers une organisation prévisionnelle partagée (c'est vrai que les réorg annoncées d'avance ça change tout !).
Par contre,
  • Quand nous avons interrogés nos bons chefs sur le 2.3 grade de base, c'est pas possible;
  • Quand nous les avons interrogé sur le bidouillage des appels à candidature, c'est parce que nous ne sommes pas prêts,
  • Quand nous avons demandé moins de flicage dans le reporting, on a pas bien compris: l'allégement du reporting prévu par JP Bailly c'est pour les cadres !
Bref, P .Decourcelle (Directeur DAST) s'est beaucoup écouté parler et ne nous a pas répondu, comme d'habitude, sauf quand, dans l'assistance, on lui a fait remarquer son agressivité: évidemment encore un truc qu'on n'a pas compris. C'est nous les méchants!
Mais nous n'attendions pas grand-chose d'une équipe qui n'a jamais réuni un CT, bloque l'ordre du jour du CHS et ne répond à nos courriers qu'au bout de plusieurs mois. Grand Dialogue qu'ils disaient ...

dimanche 1 juillet 2012

La Poste se lance dans le dialogue.


« Le malentendu s’installe chaque fois qu’à partir d’un fait ou d’une question nous répondons par un “dialogue en conserve”, un dialogue explicatif, au lieu d’écouter les sentiments réels, le vécu intime. »
(Jacques Salomé : Papa, maman, écoutez-moi vraiment)
« Tout l’art du dialogue politique consiste à parler tout seul à tour de rôle. »
(André Frossard)
« Le plus difficile dans l'art du dialogue, ce n'est pas de parler, c'est d'apprendre à écouter. »
(Jean-Marie Petitclerc, Et si on parlait... du suicide des jeunes)
La Poste a toujours eu une fâcheuse tendance à imiter France Télécom. Cela date de l'époque où, toutes deux encore administrations de l’État, elles formaient ce qu'on appelait les PTT. Les traductions de ce sigle ont été nombreuses, burlesques et restent tenaces dans l'esprit du grand public (Petits Travailleurs Tranquilles). Pour une bonne partie de ses clients (ce ne sont plus guère des usagers depuis le changement de statut de France Télécom d'abord, puis de la Poste ensuite) les opinions reposent sur des clichés et des idées fausses telles celle-ci : les postiers sont payés avec les impôts des contribuables. Non, La Poste a son propre budget, de plus c'est elle qui reverse de l'argent à l’État car, il faut le savoir, la Poste fait des bénéfices!)
Petit rappel historique :
  • 1er janvier 1991 : La Poste, jusque-là une administration reliée aux télécommunications (PTT, Postes, Télégraphes et Téléphones, créée en 1925), devient un établissement public à part entière (loi du 2 juillet 1990)
  • 1er janvier 1999 : ouverture à la concurrence pour les lettres dont le poids est supérieur à 350 g (première directive postale européenne, adoptée en 1997)
  • 1er janvier 2003 : ouverture à la concurrence pour les lettres supérieures à 100 g (deuxième directive postale, adoptée en 2002)
  • 20 mai 2005 : loi sur la dérégulation postale pour faciliter l'ouverture du secteur à la concurrence. L'Autorité de Régulation des Télécoms (ART) se voit confier la régulation du secteur postal et est donc renommée Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP).
  • 1er janvier 2006 : ouverture à la concurrence pour les lettres supérieures à 50 g (toujours la deuxième directive postale), et création de la Banque Postale.
  • 1er janvier 2011 : fin du monopole de La Poste sur le courrier de moins de 50 g (troisième directive postale, adoptée en 2008).
Si La Poste ne peut s'empêcher de s'inspirer de la politique menée chez son ancien partenaire, quitte même à copier ses sottises et reproduire ses ratages, c'est tout simplement à cause de ces soixante années de gestion commune au sein du Ministère des PTT.
Ainsi, quand France Télécom a connu ceci :
Publié le 10/09/2010 :
« La situation ne s'arrange pas à France Télécom. En quinze jours, cinq employés de l'entreprise se sont donné la mort, à l'extérieur de leur lieu de travail, a indiqué vendredi une source syndicale. Si aucun lien avec leur activité professionnelle n'a pour l'heure été évoqué, l'affaire fait écho à la vague de suicides qui avait secoué la société de télécommunications à la rentrée 2009. Ces nouveaux décès portent à 23 le nombre de suicides dans l'entreprise depuis le début de l'année, contre 19 en 2009, a précisé à l'agence de presse Reuters, Sébastien Crozier, responsable syndical de CFE-CGC/Unsa.
L'information a été confirmée par France Télécom, qui n'a toutefois pas précisé le nombre exact de victimes. "C'est avec consternation et avec une grande tristesse que nous avons appris le suicide de plusieurs salariés du groupe", a déclaré un porte-parole de l'opérateur. Avant d'ajouter: "Ces salariés (…) n'avaient pas de lien entre eux et travaillaient dans des métiers distincts se sont donné la mort dans différentes régions de France." L'entreprise devrait procéder à des examens approfondis de la situation. »
Des agents de La Poste avaient été alertés.
Publié le 03/06/2010 :
Un syndicat de médecins du travail a publié le 20 mai dernier (2010) une lettre ouverte à la direction de la Poste, fustigeant sa gestion des ressources humaines. La Poste réaffirme ses engagements en matière de santé et de sécurité au travail.
Les mots sont durs. Dans une lettre ouverte adressée le 20 mai dernier à Jean-Paul Bailly, président de la Poste, un syndicat indépendant de médecins du travail pointe du doigt des dysfonctionnements graves au sein au groupe. Selon cette lettre également adressée à plusieurs ministres, la Poste créerait «des inaptes physiques et psychiques», notamment en raison de réorganisations du travail à répétition, ou de l'imposition «d'une très forte pression commerciale» sur les salariés.
Des «suicides ou des tentatives de suicides», un taux d'absentéisme pour maladie «qui atteint des seuils sans précédent», «des accidents du travail et des maladies professionnelles en très forte augmentation»… Voilà pour les symptômes. Le syndicat estime également que «l'indépendance du médecin du travail n'est plus assurée à la Poste», «le manque de moyen matériel et humain pouvant s'avérer être une forme d'entrave à notre exercice professionnel».
La direction de France Télécom avait décidé de trouver des solutions par le dialogue avec les syndicats.
Publié le 12/09/2010 :
"Cela vient nous rappeler que même s’il y a un nouveau dialogue social, depuis l’arrêt des mobilités forcées et des suppressions d’emplois, il reste beaucoup de risques psychosociaux dans l’entreprise", explique Pierre Morville, de la CFE-CGC-Unsa. Il pointe notamment une moyenne d’âge élevée (49 ans), un taux important de congés longue maladie, de dépressions et d’absentéisme chez France Télécom. A SUD, on est encore plus sévère: "Le climat dans l’entreprise n’a pas encore évolué sur le fond", juge Pierre Ackermann, qui demande de "revoir le fonctionnement de la chaîne hiérarchique et de certaines directions, en y associant les syndicats". Enfin, la CGT déclare que "pour remettre l’humain au coeur de l’entreprise, il faut remettre les moyens. La question de l’emploi et celle des méthodes de management posent encore problème. Les premières mesures prises sont loin de répondre au besoin de transformation de l’entreprise".
Pourtant, comme le dit un adage populaire (également valable dans les entreprises dites modernes), « on ne change pas une équipe qui gagne ! » (Cette expression est à prendre, on l'aura deviné, au sens figuré, voire ironique!)
Publié le 25/02/2011 :
Didier Lombard, le patron qui ne part pas. L’ex-PDG de France Télécom et ses méthodes avaient été mis en cause dans la vague de suicides -une trentaine entre janvier 2008 et fin 2009- qui ont frappé l’entreprise et qu’il avait qualifiés "d’effet de mode". Il y a un an, il lâchait donc les rênes opérationnelles du groupe avant de passer le relais officiellement ce 1er mars à Stéphane Richard, son successeur. Mais Didier Lombard ne prend pas pour autant sa retraite, a annoncé le groupe mercredi soir. Il devient "conseiller spécial" de Stéphane Richard "sur les orientations stratégiques et la vision technologique du groupe".
Et puis cette année, par effet de mimétisme, la vague de suicides atteint La Poste qui se retrouve brutalement sous les projecteurs de l'actualité. Les hiérarques de La Poste avaient pourtant été prévenus mais étaient restés sourds. Il faut avouer que La Poste a une particularité fort singulière qui en étonnera plus d'un : si elle calque, pour les raisons historiques vues plus haut, son comportement sur celui de France Télécom, s'inspire de ses réformes au risque de les singer et commet les mêmes erreurs, elle s'imagine que les choses tourneront différemment pour elle.
Les événements décrits ci-après en sont un exemple affligeant.
Publié le 12/03/2012 :
Le 29 février dernier, Jeremy Buan, un cadre supérieur de 28 ans, s'était donné la mort en se jetant du dernier étage de La Poste à Rennes, dans l'Ille-et-Vilaine. «Au vu de la lettre écrite par Jérémy avant son geste et rendue publique par sa compagne, on ne peut que dénoncer la souffrance au travail dont il a été victime et l'abandon qui l'ont conduit à mettre fin à ses jours», déplore la CGC dans un communiqué. «Cette situation n'est malheureusement pas exceptionnelle à La Poste. Et elle n'est pas propre à la Bretagne. De nombreux collègues sur l'ensemble du territoire subissent des pressions de plus en plus fortes de leur hiérarchie», précise Antoine Le Séguillon, un représentant du syndicat.
Depuis plusieurs mois, les organisations syndicales de La Poste dénoncent un «mal-être» grandissant au sein de l'entreprise. Elles avaient déjà été ébranlées par le suicide en septembre dernier d'une salariée de 52 ans qui s'était, elle aussi, défenestrée du quatrième étage du centre financier du 15e arrondissement à Paris, où elle venait de reprendre ses fonctions après un congé longue maladie. Et réclament aujourd'hui que ce suicide soit reconnu comme un accident du travail par La Poste.
Publié le 14/03/2012 :
Retrouvé pendu dimanche sur son lieu de travail, un cadre de la Poste avait documenté son geste. Il dénonce un acharnement depuis trois ans de la part de sa hiérarchie. Les syndicats appellent à la grève ce jeudi.
Le cadre de la Poste retrouvé pendu sur son lieu de travail ce dimanche dans le Finistère, en Bretagne, avait documenté son acte. Dans un dossier constitué de compte-rendus de réunions , de vidéos et d'enregistrements audio, l'homme détaille ses accusations contre l'entreprise. Il s'agit du deuxième suicide au sein la Poste bretonne en dix jours.
Dans les documents laissés derrière lui, le cadre quadragénaire, marié et père de deux enfants, explique notamment qu'il «considère la hiérarchie de la Poste (à tous niveaux) à l'origine de (s)a perte de repères». «Depuis plus de trois ans, j'ai l'impression d'un acharnement, d'une volonté hiérarchique de m'acculer», ajoute le cadre qui était en arrêt longue maladie depuis novembre.
La Poste, comme bon nombre d'entreprises (parmi lesquelles figure France Télécom) use de techniques de management singulières qui visent à transformer l'être humain en un pion interchangeable que l'on glisse dans les cases d'un fichier. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le « Service du Personnel » a changé de nom pour devenir « les ressources humaines » . Dans le même ordre d'idée, il n'est plus question des « salaires » mais de la « masse salariale ».
Cela donne un aperçu de ces méthodes de management, considérées par les spécialistes comme pathogènes.
Pathogène : adjectif. Qui est à l'origine des maladies.
Les Techniques de Management Pathogènes :
Il faut d’abord savoir que le juriste rattache les techniques de management pathogènes à la violation d’une règle de droit :
  • Le détournement du lien de subordination : incivilités à caractère vexatoire, refus de dialoguer, remarques insidieuses ou injurieuses, mots blessants, dénigrement et volonté de ridiculiser, moqueries.
  • Le détournement des règles disciplinaires : sanctions injustifiées basées sur des faits inexistants ou véniels ; atteinte aux avancements de grade et d’échelon, aux demandes de formation professionnelle ; évaluation et notation abusives.
  • Le détournement du pouvoir de direction : isoler, ne pas donner de travail, fixer des objectifs irréalisables, confier du travail inutile, changer arbitrairement d’affectation.
  • Le détournement du pouvoir d’organisation : modifier arbitrairement les conditions de travail ou les attributions essentielles du poste de travail.
Recenser les pratiques de management pathogènes est donc indispensable. Elles recoupent les règles de droit. La liste qui suit doit aider le manager, le salarié, son médecin du travail, son médecin généraliste, son psychiatre, à analyser les conditions de travail dans lesquelles il semble perdre sa santé.
La Poste a trouvé la solution miracle pour résoudre ses problèmes internes : reproduire le modèle fourni par France Télécom.
  • Une publicité tonitruante auprès des médias,
  • Une lettre envoyé à chaque postier,
  • Des engagements dont on se doute qu'ils ne relèvent que de la communication (dans le sens moderne du terme, c'est à dire : noyer le poisson),
  • Des promesses en tout genre pour apaiser les esprits, le personnel et les syndicats.
Publié le 18/03/2012 :
Après les suicides, La Poste ajuste sa réorganisation. Son PDG, Jean-Paul Bailly, a annoncé lundi «un grand dialogue pour améliorer la cohésion sociale» et un «calendrier plus détendu» pour la mise en place de certains projets de réorganisation.
Qualité de vie au travail : 10 mesures à effet immédiat.
Jean-Paul Bailly, Président-directeur général du Groupe La Poste a initié un cycle d’écoute sur la vie au travail par une semaine de rencontres avec les organisations syndicales du 16 au 21 mars dernier. Puis il a engagé une série de réunions plénières avec les partenaires sociaux dont une se tenait ce matin même. Au regard des engagements que le Président de la Poste a pris vis-à-vis des postiers en matière de qualité de vie au travail, la direction de la Poste décide la mise en place immédiate des 10 mesures suivantes :
  • Un budget exceptionnel de 20 millions d’euros est consacré aux mesures d’amélioration de la Vie au travail prises à l’issue du dialogue local.
  • 1000 recrutements supplémentaires sont réalisés en 2012.
  • Un cadre en charge des Ressources Humaines est affecté dans tout établissement de plus de 100 personnes afin que chacun puisse avoir accès à un responsable RH de proximité identifié et formé.
  • Aucune mobilité au-delà de 30 km n’intervient si elle n’est pas souhaitée.
  • Un délai d’au moins deux ans est respecté entre deux réorganisations pour mieux prendre en compte les enjeux de chacun.
  • Aucune nouvelle réorganisation n’est mise en œuvre jusqu’à ce que le protocole de conduite du changement que La Poste souhaite partager avec les syndicats soit finalisé ; les adaptations qui recueillent l’adhésion des postiers sont naturellement menées à leur terme.
  • En cas de mobilité suite à une réorganisation, la rémunération fixe et le dispositif de rémunération variable sont garantis.
  • Tout appel à candidatures sur son propre poste est proscrit.
  • Tout(e) postier(e) qui s’estime en situation de difficulté ou de fragilité bénéficie d’un suivi spécifique présenté périodiquement aux syndicats.
  • Tout(e) postier(e) en absence longue pour maladie bénéficie d’un suivi managérial continu et personnalisé notamment pour accompagner son retour au travail.
Un dispositif national de mise en œuvre effective et de suivi de ces mesures est mis en place.
Et puis, quand même, une idée originale et moderne : écouter ce que les postiers ont à dire, prêter attention à ce qu'ils pensent. Mais attention : on ne revendique pas. Cela a été précisé au début des sessions. Il n'est pas question non plus de s'égarer et de partir sur des terrains trop glissants : les thèmes ont été définis par la direction.
Les thèmes abordés par la commission :
  • Stratégie sociale et transformation,
  • Modèle d’organisation / Modèle de management,
  • Bilan social / mobilité / diversité et RSE (Responsabilité Sociale de l'Entreprise),
  • Dialogue social,
  • Médecine de prévention / assistance sociale,
  • Evolution du travail,
  • Nouveaux enjeux RH,
  • Impacts humains du changement.
Ce serait comme en 1789 (toute proportion gardée) : les cahiers de doléance sans la Révolution, les États Généraux sans la nuit du 4 août (la fameuse nuit de l'abolition des privilèges) ou la parole de la base sans la réponse de la direction.
Publié le 19/03/2012 :
Suicides : La Poste lance un grand dialogue social.
Le PDG de La Poste Jean-Paul Bailly a annoncé lundi à l'AFP des "ajustements" dans les réorganisations en cours dans le groupe et "un grand dialogue pour améliorer la cohésion sociale", après deux suicides de salariés survenus en Bretagne. Il a fait part de "quatre décisions importantes": "un grand dialogue au niveau national et local jusqu'au 15 septembre, un cycle rapide de négociations pour aboutir à un train de mesures concrètes d'ici le 30 avril, le report de six mois du déploiement de l'actionnariat salarié et la nomination d'une médiatrice de la vie au travail".
Le PDG a reçu la semaine dernière l'ensemble des organisations syndicales, dans le cadre d'un "cycle d'écoute et de dialogue sur la santé et le bien-être au travail". Ces consultations ont eu lieu après les drames récents qu'a connus le groupe, notamment les suicides en Bretagne de deux cadres du groupe, le 29 février et le 11 mars. L'un des cadres a laissé une série d'écrits bouleversants dans lesquels il accusait l'entreprise d'être à l'origine de sa "perte de repères" et faisait part de ses dernières volontés.
Jean-Claude Bailly a indiqué qu'il pourrait y avoir des "ajustements" dans les réorganisations et certains projets qui pourraient "trouver un calendrier plus détendu". Mais il a rejeté l'idée d'une pause globale des réorganisations, insistant sur le fait qu'il y avait "des centaines de projets en cours". "L'entreprise ne s'arrête pas. Une entreprise de la taille de La Poste ça se dirige en donnant du sens, en donnant du mouvement, pas en lui demandant de faire une pause", a-t-il insisté.
Qualité de vie au travail : Jean Kaspar nommé Président de la Commission du grand Dialogue de La Poste.
Le 19 mars dernier, Jean-Paul Bailly, Président-directeur général du Groupe La Poste annonçait 4 mesures pour améliorer la qualité de vie au travail et décidait de lancer un grand dialogue sur la vie au travail au sein de l’entreprise. Cette démarche se déroulera simultanément aux niveaux national et local. Dans chaque établissement de La Poste, un examen complet de la vie au travail sera réalisé avec les syndicats et les postiers au travers de réunions d’écoute, de dialogue et d’action.
Avec l’appui des membres de la commission, Jean Kaspar aura pour mission, d’analyser la situation de l’entreprise et de ses salariés, en matière de vie au travail. Pour mener à bien cette analyse, il aura toute latitude pour solliciter l’apport d’experts et de toute personne qu’il jugera utile d’auditionner. De même, la Commission pourra procéder à toutes les auditions et visites nécessaires, qu’il s’agisse de parties prenantes internes ou externes.
Jean Kaspar remettra dès le début du mois de septembre au Président de La Poste un rapport qui précisera l’analyse de la situation faite par la commission et formalisera toutes les préconisations et propositions qu’elle jugera utiles. La commission débutera ses travaux dès le mois d’avril. Elle tiendra ses séances au Siège du Groupe La Poste.
Le client (voir note ci-dessous) qui va chercher son recommandé ou acheter son timbre au guichet de son bureau de Poste, qui va placer ses économies auprès d'un conseiller financier ou qui va s'équiper d'un téléphone mobile ne sait en général pas que La Poste s'est scindée en différents métiers séparés les uns des autres par des organisations différentes. La séparation peut même être physique et solide : un mur sépare désormais les facteurs des guichetiers dans les locaux où ils coexistaient naguère. Une organisation, lorsqu'elle est menée à l'emporte-pièce, peut conduire à la désorganisation, à la pagaille. Les postiers ont déjà tous rencontré les tracasseries liées à ces restructurations continuelles et irréfléchies : l'accès aux sanitaires (pour le peu qu'ils soient situés dans une zone gérée par un autre métier), l'entretien des bâtiments (dévolu au métier qui a le plus de personnel), le partage de l'électricité, du téléphone, de l'eau, l'accès au parking du personnel (quand par chance celui-ci existe). Toutes ces tracasseries peuvent être perçues comme autant de formes de harcèlement quotidien.
Note : L'utilisation du terme « client » n'est pas fortuite. Les derniers fonctionnaires qui opèrent à La Poste préfèrent utiliser le mot « usager ».
Client : Personne qui reçoit d'une entreprise, contre paiement, des fournitures commerciales ou des services : Les clients d'un hôtel.
Usager : Personne qui a recours à un service, en particulier à un service public, ou qui emprunte le domaine public : Les usagers de la route.
Pour résumer, les métiers de La Poste peuvent se définir comme suit :
  • L’Enseigne : Elle rassemble les guichetiers des bureaux de Poste.
  • Le Courrier : il regroupe les facteurs (qui distribuent le courrier) et les agents qui l'acheminent.
  • Le Colis : Direction indépendante du Courrier et réservée aux paquets.
  • La Banque Postale : Ce sont les anciens CCP (Compte-Chèques Postaux) qui étaient devenus CRSF (Centre Régional des Services Financiers). A noter que les conseillers financiers des bureaux de Poste chez qui le client va placer ses économies ne fait pas forcément partie du personnel de la Banque Postale.
Ces métiers (ou ces Directions) ne sont pas les seules. Pour des renseignements complémentaires , cliquez sur le lien suivant :
Il existe une Direction Nationale qui travaille pour tous ces métiers : La DSEM (C'est à dire la Direction du Support Et de la Maintenance)
Cette direction assure le déploiement et la maintenance des équipements techniques et informatiques de la plupart des sites postaux. Elle est, comme toutes les autres entités du Groupe La Poste, touchée par le Grand Dialogue ». Voici ce qu'en pense le syndicat SUD.
Tract Sud du 18/06/2012 (extrait) :
Hubert Certes, directeur de la DSEM a présenté le grand dialogue au sein de la Direction Technique.
Comme partout, avec groupes d'écoutes des encadrants puis des agents sur les thèmes retenus par le Siège.
Evidemment, comme pour toutes les fois où les agents sont conviés à « s'exprimer », nous pensons que l'organisation de telles réunions par la hiérarchie directe n'est pas la meilleure des solutions. Mais, cette fois, au moins les agents de la DSEM auront l'occasion d'exprimer leur satisfaction des régimes de travail actuels.
A la suite de ces réunions, la direction de la DSEM organisera une réunion avec les syndicats pour nous présenter la synthèse dans la seconde quinzaine de juillet. Date butoir pour remonter les synthèses à la commission Kaspar…
Mais il faut savoir que la DSEM a une vision très curieuse (voire fantaisiste, sans rapport avec la définition du dictionnaire) et très personnelle du dialogue : un monologue qui va toujours dans le même sens. Il part toujours du haut et se répand vers le bas « en pluie fine » pour reprendre l'expression d'un Directeur Délégué que les agents des ATM de la Délégation Nord-Ouest connaissent bien.
Une telle mentalité de la part d'un Directeur Délégué ne laisse rien présager de bon pour le grand dialogue souhaité par La Poste. Avant d'engager toute espèce de concertation, pour que les choses aient l'air crédibles, peut-être aurait-il fallu recadrer les équipes dirigeantes ou les remplacer. Tant que la Direction du Groupe La Poste continuera à employer, recruter et soutenir des managers tenant des propos méprisants, les personnels qui œuvrent sur le terrain ne pourront que douter de la sincérité, ou du moins de l'efficacité de toute tentative de dialogue.
Définition du dialogue :
  • Conversation entre deux ou plusieurs personnes sur un sujet défini ; contenu de cette conversation ; entretien, discussion.
  • Discussion entre personnes, entre partenaires ou adversaires politiques, idéologiques, sociaux, économiques, en vue d'aboutir à un accord ; conversations, pourparlers.
Définition du dialogue social :
  • Le dialogue social recouvre tout ce qui favorise la compréhension entre les différentes composantes de la société.
  • Le dialogue social selon l'organisation international du travail inclut toutes formes de négociation, de consultation ou simplement d'échange d'informations entre représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs sur des questions d'intérêt commun liées à la politique économique et sociale.